AH, J'AI LONGTEMPS REVE DE VOUS
Ah, j'ai longtemps rêvé de vous.
Mon enfantine fiancée, Et c'est assise à vos genoux Que ma jeunesse s'est passée.
Peau d'Ane, Agnelle, et Cendrillon.
Toutes trois de soleil coiffées . . .
Lorsque j'étais petit garçon Je n'aimais que de blondes fées ;
Et bien avant d'aVoir compris La course éternelle vers l'Eve, Parmi tous mes noms favoris Votre nom chantait dans mon rêve.
Je savais le bruit de vos pas Avant même de vous connaître, Et si je ne connaissais pas Le pays oiî vous deviez naître.
Je savais, du moins, qu'il serait Une heure, brusquement divine, Où mon cœur vous reconnaîtrait En frémissant dans ma poitrine.
Cette heure fut lente à venir.
Hélas, quand je vous ai trouvée, — 0 cruel et cher souvenir ! — Ma jeunesse était achevée.
Trop de pleurs et de labeur vain, Trop de livres sous trop de lampes . . . Quand tu mis ta main dans ma main J'avais déjà du gris aux tempes.
Mais ce fut la fin des sanglots, Et j'eus, en voyant ton visage, Cette allégresse et ce repos Qu'on ressent, après un voyage . . .