BIEN-AIMÉE, ECOUTE
0 Bien-Aimée, écoute.
Je voudrais, cette nuit, te parler à genoux, Le bonheur est venu traverser notre route,
Gardons-le près de nous.
Depuis Pheure, trop brève, L'heure qui va survivre au plus cher souvenir, Que le frisson divin et douloureux du rêve
Soit notre seul désir.
Tel l'arome des roses Se conserve, immortel, dans un cristal persan, Qu'en nos âmes, plus tard, allègres ou moroses.
Persiste cet instant.
Si la chaude jeunesse Est le linceul sacré de tant de jours troublants, L« miroir enchanté qui calme la détresse
D'avoir des cheveux blancs.
Au moin^ que nos pensées Soient brûlantes eucor, lorsqu'elles trouveront Nos corps las de Famour, mais nos mains enlacées
Et ma lèvre à ton front.
Petite adolescente.
Tout ce que je désire, émoi rapide et fou, C'est la fraîche douceur de ta main frémissante
Et tes bras à mon cou.
SOIBS 183
Gardons notre mémoire Pure du geste faux, qui deviendrait moins cher De n'avoir pas connu la secrète victoire
Au delà de la chair.
Le tempg où le poète Epousait une fée ou la fille d'un roi Est loin, ô mon amour, mais sans baisser la tête
Je suis allé vers toi;
Car si Je te convie A venir partager mon étroite maison, C'est que, mon cher amour, je te donne ma vie
Avec cette prison,
Et, d'angoisse et de crainte D'un trop terne avenir, si tu m'abandonnais Pour un autre baiser et pour une autre étreinte.
Tu sais que j'en mourrais . . .