‹ Poèmes de cendre et d'orChapitre 48 sur 64 · IL PLEUT, C'EST LE PETIT MATIN · texte numérisé non relu

IL PLEUT, C'EST LE PETIT MATIN

Il pleut, c'est le petit matin Tout moiré de pluie argentine, J'écoute pleurer le jardin Sous ma fenêtre beyrouthine.

Ah, qu'il est faible et délicat, Ce matin né parmi les palmes !

Il baigne d'un bleuâtre éclat Les terrasses blanches et calmes.

216 POEiMES DE CENDRE ET D'OR

J'entends la grenade éclater Au pied des ocreuses murailles . . .

C'est vous, étourdissant été, C'est toi qui vibres et tressailles;

C'est toi qui peignis, ce matin, Couleur de turquoise fanée, De cendre, d'argent, et d'étain La chaude Méditerranée;

Et c'est toi qui vas suspendant Des chaînes de brume et d'opale Aux s5'comores poignardant La mauve moiteur matinale.

0 trop tendres matins français.

Cette heure indolente d'Asie Me fait oublier votre paix, Votre odeur, votre poésie . . .

Tournoyant, des pigeons peureux, Dont la pluie alourdit les ailes, Glissent dans l'azur vaporeux.

Petits astres soyeux et frêles ;

Quoique la ville dorme encor.

Pieux appel à quelque rite, Une cloche de verre et d'or Tinte à l'évêché maronite;

Là-bas, au-dessus du Bazar, En arabesques parfumées.

Spirales de santal, d'attar.

Planent les premières fumées.

Mais soudain mille autres rumeurs Jaillissent. La rade s'éveille.

Dans de polyglottes clameurs Un vaisseau luisant appareille.

Et, — tel mon rêve vagabond, Tendu vers des mers odorantes, Pénètre, d'un splendide bond.

De roses, d'heureuses Sorrentes -

Le vent, ivre d'algues, de sel, Emportera ses voiles rousses Vers quelque féerique archipel Des marbres clairs, de sombres mousses

Ah, mon cœur épris de beauté, Quelle douce aurore latine Vous fit trembler de volupté Comme cette aube, en Palestine?

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