HARMONIE POUR UN SOIR DAUPHINOIS
Troupeaux las, claires faulx, grives dans les sillons, Toi, trèfle bruissant, vous, grésillants grillons. Soyez les chœurs furtifs et l'innombrable orchestre Du simple, délicat, et mol automne alpestre . . .
Petite ville, aussi charmante qu'un hameau. Dont le nom si français, si sonore, si beau. Fixa pour tout un jour mon humeur vagabonde. Je trouve tes balcons les plus tendres du monde.
Tout est calme, soyeux, irréel, argentin; Ton couchant pâle a la nuance d'un matin, Ta fontaine est la voix de captives ondines. J'entends monter du val le cristal des clarines, La brise tiède joue avec les cerisiers Comme des mains sur une harpe . . ,
Des rosiers.
Plus ingénus que l'œil d'une petite fille, Haussent leur tête blanche au-dessus d'une grille. Les volets verts d'une humble et joyeuse maison S'entr'ouvrent, et j'entends jaillir une chanson, Si fraîche, si jeune . . .
Ah, mon pauvre cœur nomade, Ce bonheur que je cherche et qui toujours s'évade Est là, peut-être ? . . .
Mais, comme tant d'autres fois, Sois satisfait du Inc. de? jardins, et des bois. Des toits d'ardoise bleue où courent des fumées, Des aurores d'argent que tu as tant aimées.
Par des chemins, toujours merveilleux et divers, Sois heureux, simplement, de courir l'univers. Tant que du jeune sang battra dans tes artères, Les périlleux sentiers qui mènent aux Cythères
Partout surgiront sous tes pas, et chaque mur Semblera te cacher quelque robe d'azur . . .
Traîtrise, tout cela, sentimental mensonge!
Songe plutôt que l'ombre aux flancs des monts s'allonge. Que l'or crépusculaire est divin doublement Puisqu'il luit dans la lampe et brille au firmament. Que c'est l'heure de paix, de repos, de prière. Où le blanc liseron, au mur de la chaumière, Incline sa clochette et joint sa voix de fleur Aux cloches des clochers qui modulent la leur . . .
Songe, rêveur, qui stérilement t'analyses, Que les astres tremblant aux flèches des églises Sont le plus sage phare, et qu'il n'est de flambeau Hus tutélaire, même dans l'œil le plus beau . . .
Ton âme éclate ? Tu délires et tu flambes ?
Aligne pour toi seul tes petits dithyrambes ! La source, le bouvreuil, le vent, la rose-thé. Sont un doux auditoire, et plein de charité.
Garde-toi tout entier pour l'ardente nature, Et, courant sans regrets la féerique aventure Vers l'horizon agreste ou l'horizon marin. Sois content, pauvre cœur d'étemel pèlerin, De te tromper toi-même en chantant sur la route.
Mais voici l'angélus, naïf et pur . . .
Ecoute.
La Tour-du-PiB, 1912.