‹ Poèmes de cendre et d'orChapitre 61 sur 64 · HARMONIE POUR UN SOIR D'ITALIE · texte numérisé non relu

HARMONIE POUR UN SOIR D'ITALIE

Nuit de Ravenne ou nuit de Parme, Je me souviens d'un soir si pur (Plus diaphane que l'azur Et plus transparent qu'une larme),

D'un soir si pur, qu'une chanson.

Traversant l'air calme, fut teUe Qu'une harmonieuse dentelle Faite d'un rire et d'un frisson.

Aux ailée d'une vocalise

La voix adorable monta

Des jardins de la Steccata,

Ce fut d'une tristesse exquise . . .

Ou me trompé-je? Etait-ce au chœur De Xotre-Dame-Eavennate Que jaillissait cette cantate Vers les sept rubis de son cœur?

Qu'importe? Amoureuse ou brutale.

D'une cellule ou d'un balcon, Plainte d'ardeur ou d'abandon Dans la nuit trop sentimentale.

Qu'importe? Une femme chantait — Jeune ou vieille, nonne ou gredine, Ariette, hymne, ou cavatine — Son chaud, voluptueux secret.

Et, déjouant les portes closes Qui muraient ma sévère humeur, Ce cri fit fleurir dans mon cœur Des larmes, du rire, et des roses.

On aurait dit le tendre vol D'une colombe paresseuse, La lente, lointaine berceuse D'une fontaine en porcelaine, Ou bien l'âme d'un rossignol Soupirant au croissant sa peine.

Ce trille de pâtre amoureux.

Fraîche arabesque capriote, Devrait-il alanguir sa note Jusque dans mon exil frileux?

Me faudra-t-il entendre, arpège, Le preste cristal de ta voix Sous mon banal et morne toit Qui plie et gémit sous la neige ?

Chez l'amant des filles du Khin, Ah, pourquoi faut-il que revienne.

Jaune guitare italienne.

Ton mol et sensuel refrain?

Et puisque je me barricade Avec Parsifal et Klingsor Dans ma rude ville du N'ord . . .

Qu'y viens-tu faire, sérénade?

Xuits douces comme des baisers, Jardins brûlants comme des lèvres, Il ne me reste de vos fièvres Que des regrets inapaisés;

Et je t'ajoute, angoisse vaine,

A mon innombrable désir,

0 cruel, ô beau souvenir

D'un soir de Parme ... ou de Ravenne.

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