SOURCE
ji Emile *Berorcrat.
LA nuit dernière, au fond de la chambre où je rêve L'air pur du renouveau pénétra jusqu'à moi; Et loin, bien loin d'ici, sur la paisible grève, Au bord du fleuve Kiang, avec un tendre émoi, Je revis la beauté qui m'occupe sans trêve.
Hélas! qu'il dura peu, ce songe de printemps! J'ai, sous la jeune lune aux douces lueurs bleues, A peine reposé mon front quelques instants; Mais, en ces instants-là, j'ai fait plus de cent lieues Vers vous, ma bien-aimée aux regards éclatants!
t^4 n^4rmand Gonzii
UN bateau leste, aux rames fines; Sur les bancs, rythmant notre essor, Des musiciennes divines, Et des flûtes de jade et d'or!
Du vin qui rit dans une coupe, L'ivresse, les changeants tableaux, Un beau ciel, le plaisir en poupe.
Et se laisser aller aux flots I...
Dans Tazur m'attendent les Sages, Assis sur leurs cigognes ; moi.
Parmi les légers paysages, Je vogue, plus heureux qu*un roi.
Les beaux vers, les accords sublimes De Kio-Ping, le rêveur charmant, S'élèvent au-dessus des cimes Et planent éternellement.
Les tours du roi de Tsou naguères Brillaieiit sur ces monts aux flancs nus; Hautes tours, murailles précaires, Palais, qu'étes-vous devenus ?
Dès que rayonne en moi Tivresse, Je chante; et mes chants inspirés Font, sous leur vibrante caresse, Tressaillir les cinq monts sacrés.
Je suis fier, je suis plein de joie, Je ris de toutes les grandeurs; Qu'à d'autres la Fortune octroie Ses lourdes et vaines splendeurs!
Lorsqu'un amas d'or, lorsqu'un trône Me séduiront, c'est que d'abord On aura vu le Fleuve Jaune Couler de l'Occident au Nord.
14 POÈMES DECHINE
LE 'R^ErOU\
tA <,4ugHstc Dorchain.
TU reviens donc, ô toi que jamais je n'oublie 1 Vois-tu dans mes regards ma joie et ma folie > Dis qu'on dresse la table, et prends à la cloison Ma guitare; je vais chapter une chanson.
Causons, rions! J'étais sombre, j'étais malade; Mais sur ta bouche en fleur et sur tes dents de jade Luit un divin rayon d'amour. Adieu Tennuil L'aurore et le printemps renaissent aujourd'hui... » Elle chante, va, vient, rit, s'offre, se refuse; Un doux reproche amène une plus douce excuse; Comme un bateau léger sur un flot musical.
L'heure passe, dans un long murmure amical.
PRINTEMPS If
Puis, soudain, Ton se tait. Sut l'incarnat des lèvres, Dans ronnbre des cils bruns, brillent d'ardentes fièvres ; On n'entend que les coups pressés du sang qui bout; Le cœur bat à tout rompre. Il faut oublier tout! On se saisit les mains, et, les mains enlacées, Éblouis de désir, les paupières baissées, On s'en va lentement au lit d'ivoire et d'or. Où, l'orage apaisé, dans l'amour on s'endort...
« — La brise sur les fleurs berce un parfum suave; Reste avec moi! Je suis ta reine et ton esclave; Je ne veux plus jamais me séparer de toi.
C'est en toi que je vis, c'est en toi que j'ai foi, C'est en toi que j'espère; et je n'ai rien au monde Que toi, que ton amour et sa douceur profonde. Ne me crois-tu pas, dis? N'es-tu pas mon vainqueur? Faut-il que, devant toi, je m'arrache le cœur? Tu verras si je mens! Puis-je faire un mensonge, Quand jusqu'au fond de moi ton regard tendre plonge? Tu sais bien que je dis la vérité. Mais, tiens! Moi qui ne cherche plus de baisers que les tiens. Veux-tu que je te donne un bon conseil? En route, Ne regarde jamais, jamais surtout n'écoute Les femmes sans pudeur ni véritable amour, Qu'un autre aurait sans peine avant la fin du jour!
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l6 POÈMES DE CHINE