‹ Poèmes de ChineChapitre 11 sur 25 · oirmand Silvcstre · texte numérisé non relu

oirmand Silvcstre

LOB S QUE les vierges des^ campagnes Voguent sur les flots du lac bleu, Les fleurs lèvent la tête un peu Et disent : — Voici nos compagnes I

Puis, lorsqu'au souffle de la nuit Toutes s'en retournent chez elles, La lune aux blanches étincelles Sur les flots clairs les reconduit.

FIVÉLITÉ

kA Emile PonviUou,

SEIGNEUR, VOUS le savez, le meilleur des maris Met en moi son orgueil, son espoir et sa joie; Pourquoi m'avoir offert ces deux perles de prix, Que je fixai, les doigts tremblants, le cœur surpris, Sur rincarnat léger de ma robe de soie >

On voit nos pavillons dans le ciel bleu fleurir; Mon époux au palais tient la lance dorée.

Auprès de lui, pour lui, je dois vivre et mourir ; Je lui serai fidèle; et, sans plus discourir, Il me trouve, seigneur, suffisamment parée.

l8 POÈMES DE CHINE

Quoique vos sentiments soient purs comme les cieux, Je dois vous rendre ici, sans que je m'en décore, Ces deux perles, présent pourtant si gracieux 1 Mais vous voyez briller deux larmes à mes yeux : Que n'êîes-vous venu quand j'étais libre encore!

LE TÉCHEUTf^

xA Hemi goujon.

SU R terre, il n'est plus rien qui souffre I Dans la fleur qui rit aux beaux jours, Le papillon, poudré de soufre, Pose sa tête de velours.

Debout en sa barque indécise.

Le pêcheur se penche, et, lâchant Son filet large et souple, il brise La surface du lac d'argent.

11 songe à celle qui demeure, Comme Thirondelle en son nid, Dans la maison où, tout à l'heure, Satisfait du jour qui finit,

11 reviendra, non moins fidèle, Et non moins palpitant d'espoir, Que le mâ!e de Thirondelle Rapportant le repas du soir.

LE COtNiSElL

^i Judith Walten

SUR un trône d'or neuf, parmi les mandarins, Siège le Fils du Ciel, brillant de pierreries; On dirait un soleil aux rayons souverains, Ceint d'astres pleins de rêveries.

Graves, les mandarins échangent gravement De très graves discours. Rien ne les déconcerte. L'Empereur est distrait; sa pensée un moment S'enfuit par la fenêtre ouverte.

22 POÈMtS DE CHINE

Telle qu'en son feuillage une splendide fleur, Sous son frais pavillon de porcelaine exquise, La jeune Impératrice, évitant la chaleur, Parmi ses femmes est assise.

« — L'Empereur tarde bienl » fait-elle avec ennui, Et réventail palpite à sa joue enflammée; Et le Fils du Ciel sent flotter autour de lui Une caresse parfumée.

« — La bienaimée envoie avec son éventail Le délicat parfum de ses lèvres chéries I »

Pense alors l'Empereur. Il franchit le portail. Et, tout brillant de pierreries,

11 marche du côté du pavillon charmant Où, dans l'air paresseux, l'éventail se balance, Laissant les mandarins, remplis d'étonnement, S'entrcregarder en silence.

t// xAntony Valabrègue.

O printemps! par dessous le store, Une hirondelle vient d*entrer; La voyez-vous tourner, virer, Dans la chambre qu'un rayon dore?

Les matins sont delà meilleurs.

Un nid chante; un beau garçon passe; Les fleurs s'ouvrent. Nul ne se lasse De voir s'ouvrir les fraîches fleurs.

Assises dans h rêverie, Vous gardez seules la maison, Jeunes femmes qui, sans raison, Oubliez votre broderie î

Hélas! pourquoi donc, chaque jour, Vos maris, fuyant leur demeure, S'en vont-ils tous de si bonne heure, Pour être si tard de retour?

PRINTEMPS îf

L'ESCo4LIE% VE JoiVE

%A Henry Hotissaye.

LA pleine lune luit sur la terre apaisée. Dans la sérénité de la blanche splendeur, L'Impératrice rêve, et monte avec lenteur Son escalier de jade où brille la rosée.

Sa robe de satin traîne, et, très doucement, Effleure chaque marche en longs baisers qui tremblent; Le jade et le léger satin blanc se ressemblent — L'Impératrice rentre en son appartement.

2v.) POÈMES DECHINE

Le clair de lune en son appartement pénètre; Éblouie, elle reste immobile un instant; Les perles de cristal du long rideau flottant Scintillent aux rayons qui baignent la fenêtre.

Une réunion de diamants frileux Semblent s'y disputer la clarté sous les voiles; Et Ton croit voir tourner une ronde d'étoiles Sur le parquet limpide aux miroitements bleus.

fyl Emmanuel des Essaris.

Ola bonne petite pluie Qui sait bien quand il faut venir, Et qui, d'espoir fécond remplie, Vient au printemps tout rajeunir!

Doucement, sur un vent propice, Elle est venue, exprès, la nuit; Tiède, fine et réparatrice.

Elle a tout humecté sans bruit.

':5;'V5ar*

Hier soir, un triste nuage Assombrissait tout mon jardin; Les feux des barques du rivage Seuls luisaient dans Tombre, au lointain.

Ce matin, sous les cieux limpides, Tout revêt de fraîches couleurs; Et parmi les feuilles humides Brillent les adorables fleurs.

^ V.-V. de la "K-ux,

L cueille la fleur d'or — et sourit, en songeant A celle dont le cœur pour lui fut indulgent.

11 cueille la fleur bleue — et pleure, sous le charme De celle qui, pour lui, versa plus d'une larme.

Il cueille la fleur rouge — et croit encor presser les lèvres que l'amie ouvrait à son baiser.

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