HEU'R.EUX T\ÊS(AGES
xA Ernest d'Hervilly.
QUAND fume ma tasse pleine, Les feuilles du thé qui bout, Dans la fine porcelaine Nagent, nagent, tout debout.
La lampe, sur ma toilette.
Hier soir a crépité; Pendant ma dernière emplette, La pie a chanté, chanté.
Avec sa langue vermeille Mouillant sa patte, le chat Passe sur sa fine oreille Sa patte qui la rabat.
Qu'est-ce que cela veut dire > Cela prouve clairement Que bientôt va me sourire Mon doux et fidèle amant.
SUli^ LE FLEUVE JO-YEH
tA Edoiiurd Dnrranc.
SUR le fleuve Jo-Yeh, les belles jeunes filles Vont, parmi les saules épars, Dans leurs barques formant de coquettes flottilles, Cueillir la fleur des nénuphars.
L'eau reflète au soîeil, entre les vertes branches, Leur beauté, leur rire charmant;
Et Pair, pour s'imprégner du parfum de leurs manches. Les soulève légèrement.
Mais là-bas, sur le bord des flots, quels peuvent être
Ces cavaliers allant au pas?
Trois par trois, cinq par cinq, on les voit apparaître
Sous les saules épars, là-bas.
Le cheval de Tun d'eux hennit, fait halte, hésite, S'écarte, et foule aux pieds les fleurs;
Une cueilleuse alors rougir, semble interdite, Et veut en vain cacher ses pleurs.
6'^E tNiUn VE LOISIR
DANS lA MAISON DE CAMPAGNE DUN AMI
*A Gustave Geffroy.
A jeune lune s'est couchée. — Dans un bruissement obscur, Murmure une source cachée; Accordons nos luths, au son pur.
Le cief^ piqué d'astres sans nombre, Fait trembler sur nous ses lueurs; Les ruisseaux se glissent dans Tombre Pour baiser le pied nu des fleurs.
On boit, on fait voir des épées; On cause, on rêve, on boit encor, Et, lés lèvres de vin trempées, On sourit aux étoiles d*or.
Sur l'air du pays d'Où, Ton chante Des vers qu*accv)iripagne un bruit d'eau; Puis, dans une ivresse touchante, Chacun chez soi rentre en bateau.
cAV EU
xA Charles Frcmine.
MA petite sœur caJette, Tout fleurit, le ciel est bleu; Je t'aime, et j'en perds la tête ; Dis, veux-tu m'aimer un peu?
Un ardent désir rn'enivre !
Mes eiForts so;it superflus :
Sans toi, je ne peux plus vivre.
Et rien, sans toi, ne m'est plus.
A ton souffle pur, je plie Comme un saule au vent d*été; Je rêve de toi; j'oublie, Pour toi. le riz et le thé.
Sois plus tendre et moins coquette,
L'amour est un si doux jeu !
Ma petite sœur cadette,
Dis, veux-tu m'aimer un peu?
VOéAfET^E DES FEUILLES VOT^V^GET^
kA S\Caurice Leloîr.
A jeune fille assise au travail tout le jour, Seule, loin de la promenade, S'émeut d'un vague espoir d'amour Aussitôt que résonne une flûte de jade.
La jeune fille alors croit entendre le son De la voix d'un jeune garçon.
A travers le papier qui garnit sa fenêtre, L'ombre des feuilles d*oranger Chez elle doucement pénètre,
Et vient sur ses genoux s'asseoir, frisson léger.
El ce léger frisson suffit, pour qu'elle croie Qu'on f/oisse sa robe de soie.
xxni
S'E^IVl^E-R, q4U miLIEU VES FLEU1{S
%A Charles 'Pigot.
SI la vie est comme un grand songe, Pourquoi se tourmenter alors?
Moi, dans Tivresse je me plonge; Ma tête tourne, et je m'endors.
— Quelle est cette saison charmante?
Dis-je aux fleurs, en rouvrant les yeux.
Et dans les fleurs un oiseau chante :
— C'est le printemps délicieux!
Je suis ému, l'amour m'obsède; Mais je me verse à boire encor; Et je me rendors, quand succède La lune blanche au soleil d'or.
Lo4 CHc4C^S0^ VES VEUX TO'BJTES
xA Jean xAlboi:{e.
PRÈS de la Porte-Orientale, Chaque soir, quel charmant scandale !
Là, sous de fins tissus flottants, De légères enchanteresses Passent, avec plus de caresses Que les nuages du printemps.
— Mais que m'importe, que m'importe.
Si là-bas, vers la Vieille-Porte, On s'attarde au déclin du jour > Sous sa robe blanche et son voile.
Ma femme luit comme une étoile, Et peut seule avoir mon amour.
A la Porte-Palissadée,
Chaque soir, mainte âme obsédée
Cède aux regards ensorceleurs
Des belles promeneuses lentes,
Plus douces et plus indolentes
Qu'un parterre de jeunes fleurs,
— Mais que m'importe, que m'importe,
Si là-bas, vers la Grande-Porte,
On s'attarde au déclin du jour?
Sous sa robe blanche et son voile.
Ma femme luit comme une étoile.
Et peut seule avoir mon amour.
fO POEMES DE CHINE
CHc4:^S0C^ SUn^LE FLEUVE
tA Charles O^onselet.
JAi, pour apaiser toute peine, Ma flûte de jade aux trous d*or; L'ennui me poursuit-il encor > Je fuis sur mon bateau d'ébène.
Comme la plante au suc vainqueur
Qui sert à détacher la soie.
Le vin joyeux efface et noie
Les plus noirs chagrins de mon coeur.
Du vin clair, une barque fine, Un peu de musique et d'amour, C'est, en ce terrestre séjour, La béatitude divine.
LE TOÊTE