DESCEND DU MONT TCHONG-NAN ET PASSE LA NUIT A BOIRE AVEC UN AMI
kA Gabriel Vicaire.
LE soir vient; je descends avec toi la montagne. Sur la montagne verte, alors la lune luitj Mais quand, rêveur errant que la lune accompagne. Je me retourne, au loin tout se fond dans la nuit.
Nous arrivons devant ton pavillon rustique; Tous les deux un peu las, nous nous tenons la main; Un bel enfant rieur, à la voix sympathique, Vient ouvrir la barrière et montrer le chemin.
Nous frôlons les bambous de nos manches de soie; Par un étroit sentier, mystérieux d'abord, Dans un réduit charmant nous entrons avec joie. Là nous goûtons un vin délicieux. Tout dort.
Je chante une chanson. La chanson que je chante, Est la chanson du vent qui souffle dans les pins; Et gaîment nous buvons, jusqu'à l'heure changeante Où pâlissent les fleurs des célestes jardins.
TcA\FUiM DE FLEU\
kA Lèopold Dauphin.
CHAQUE beau jour qui s'écoule Fuit pour ne plus revenir; Le clair printemps se déroule, Le printemps pur va finir.
Étendu, plein d'indolence, Au pied des grands arbres verts, Seul, je contemple en silence L'impénétrable univers.
PRINTEMPS ff
Je rêve; ma rêverie
Est un abîme sans fond,
Où la vision fleurie
Et la fleur qui meurt s'en vont.
(( — Toute candeur, toute aurore, Passe et s'éteint sans motif! »
Voilà ce qu'à Tair sonore Confie un oiseau plaintif.
La fleur Jo, comme elle est fraîche!
La fleur Lan, quel fin joyau! — Puis la fleur Lan se dessèche, L'ombre emporte la fleur Jo.
Elle est divine et succombe, La fleur au parfum subtil 1 La fleur penche, la fleur tombe; Mais son parfum, où va-r-il>
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f6 POEMES DE CHINE
t.4 Fantin-Latour .
SEULE, dans la pénombre brune, Elle est assise à son miroir; Elle respire Tair du soir Et regarde le clair de lune.
A travers le store baissé, La lune, dont les rayons tremblent, Filtre en fins lozanges, qui semblent Des morceaux de jade brisé.
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Distraitement, la jeune fille Soulève, avant de se coucher, Le store de bambou léger ; Le plein clair de lune alors brille.
Telle une déesse apparaît
En sa splendeur pure et sans tache,
Lorsque sa robe se détache
Et tombe à ses pieds tout d'un trait.
f8 POEMES DE CHINE
VÉVE!J^T(AIL
^ %oger Déciles,
AU jeune et tendre époux, la Chambre Parfumée S'est ouverte hier soir pour la première fois; Quels sont les vers qu'y lit Tépouse bienaimée Sur réventail doré qui brille entre ses doigts?
« — Lorsque Tair est brûlant, lorsque languit la brise, On m'aime, on cherche un peu de fraîcheur en mes plis; Mais quand souffle le froid, quand vient la saison grise, Hélas! on n'a pour moi que dédaigneux oublis. »
Sur réventail briliant, Tépouse bienaimée Lit ces vers. Elle songe, et, dans son cœur jaloux, Se dit : « — Lorsque fuira la jeunesse enflammée. Me délaissera-t-il ainsi, le tendre époux? »
6o POËMES DE CHINE
COV^lEéMTlc4TlOV^
%A François Coppée.
L'azur mouillé, le vent l'essuie; Le vent qui vient du mont Ki-Chan, Lavant le ciel, puis le séchant, Apporte et remporte la pluie.
Le soleil descend, radieux, Sur la montagne occidentale.
Tandis qu'au sud la plaine étale Ses champs plus verts et plus joyeux.
PRINTEMPS 6l
J'arrive à la demeure sainte; l'y reçois le touchant accueil D'un bon vieux prêtre, sur le seuil D'une mystérieuse enceinte.
Alors, loin de ce monde obscur, Mon âme, montant vers les cimes, Se retrempe aux sources sublimes Que ne ride aucun souffle impur.
Unis dans la même pensée.
Mon hôte et moi, nous épuisons Les mots humains. Nous nous taisons, La parole humaine épuisée.
L'oiseau chante, Tarbre est en fleurs, L'air est plein de douceur divine :
Je sens, je comprends, je devine.
Tous les rayons et tous les pleurs.
(UUTOéMtNiE
'^T^r^wnp^'
u:k jeuu^e toète
PENSE A SA BIEN-AIMÉE QUI HABITE DE l'aUTRE COTÉ DU FLEUVE
fyi tAlphoiise 'Daudet,
LA lune, dans la nuit sereine, Monte au cœur du clair firmament; Elle y monte, et, comme une reine, S'y repose amoureusement.
Sur Teau voluptueuse et lasse Qu'un rêve bleu semble bercer, Une brise légère passe, Repasse, ainsi qu'un long baiser.
Quel accord pur, quelle harmonie, Quel espoir calme en l'avenir, Respire Tunion bénie Des choses faites pour s'unir!
Mais rien n'est complet dans nos fêtes, Le bonheur est rare ici-bas; Et la plupart des choses faites Pour s'unir — ne s'unissent pas.
^ Taul Tord.
DANS mon clair pavillon du bord de l'eau, j'admire, Indolent et rêveur, la beauté du ciel pur, Tandis que le soleil, du haut de son empire, Vers l'occident lointain marche à travers l'azur.
Léger comme un oiseau qui se pose, un navire Se balance sur l'eau. Le soleil automnal Mêle â la vaste mer ses torrents d*or. J'admire Ce spectacle paisible, auguste et triomphal.
Je saisis mon pinceau. Je me penche, et dessine Sur le papier soyeux des caractères noirs, Semblables aux cheveux que sur leur tempe fine Les femmes le matin lissent à leurs miroirs.
Aux rayons du soleil fleurit mon âme en fête;
Ravi d'un si beau temps, j'en trace un doux tableau;
Le dernier vers fini, je relève la tête —
Et je vois que la pluie, hélas! tombe dans l'eau.
Lo4 T^pUTE INUTILE
tA oiîfred Gassier
DANS l'or des horizons bleus, Devant moi s'ouvre une allée, Fraîche et doucement voilée Par des arbres merveilleux.
L'allée à mes yeux ouverte, Mes yeux s y perdent longtemps, Sous les feuillages flottants Qui tamisent l'ombre verte.
Mais à quoi bon faire un pas Sur cette route charmante; Au logis de mon amante Ce chemin ne conduit pas.
LE Tc4VILLO:7^ VE TOT^C ELcAIV^E
kA Jules Trtiffin-.
AU milieu du petit lac artificiel, Un joli pavillon fait briller en plein ciel Sa porcelaine verte et blanche; Un pont de jade y mène, un léger pont voûté, Qui, par dessus les flots du doux lac argenté. Comme un dos de tigre, £e penche.
Là, SOUS ce pavillon tout pailleté d'éclairs, Quelques amis, vêtus d'amples vêtements clairs,
Boivent des tasses de vin tiède; Le bonnet en arrière, ils boivent, gais, dispos. Puis, relevant leur manche et laissant les propos.
Ils font des vers, comme intermède.
Et dans le petit lac, où le pont renversé
Semble un croissant de jade au sein de Teau bercé.
Quelques amis, gais, rœil alerte, Avec leur robe claire où miroite un rayon, Boivent, la tête en bas, sous un frais pavillon
De porcelaine blanche et verte.
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ST\OTHES c4 Tc4