‹ Poèmes de ChineChapitre 15 sur 25 · LETTRE RETIRE AU PAYS D OEY · texte numérisé non relu

LETTRE RETIRE AU PAYS D OEY

c^ "Paul 'Dehharre.

L'étoile, au ciel constellé, S'en va, toujours solitaire; Le cœur humain, sur la terre, Toujours se sent isolé.

Aussi comme on se retrempe.

Ami, dans un flot d'espoir.

Lorsqu'on se retrouve un soir Tous deux sous la même lampe!

Elle a fui d'un pied si prompt, La Jeunesse au gai cortège !

Et voilà déjà qu'il neige, Qu'il neige sur notre front.

Bien des figures aimées Ne sont plus depuis longtemps, Hélas! que spectres flottants Et fugitives fumées.

Qui nous eût dit autrefois Qu'au bout de vingt ans d'absence, Nous referions connaissance Au pays où je vous vois?

Naguère, en nos deux familles, Nous étions deux enfants fous • Et voici qu'autour de vous Ont grandi garçons et filles.

On interroge sans fin Le vieil ami du vieux père; On sert les fruits qu'il préfère, Le riz, !e millet, le vin.

AUTOMNE 7f

Nous buvons dix tasses pleines; On cause, on rêve à moitié.

Comme la bonne amitié Nous fait oublier nos peines 1

Réchauffons nos fronts neigeux !

II faudra, demain encore, Mettre entre nous, àh% l'aurore.

Les hauts sommets nuageux.

Chacun a son esclavage; Demain, les destins jaloux Vont redevenir pour nous Un océan sans rivage.

LE 'BLcAV^C ET LE U^OIT^

kÀ Georges 'Payelle.

A lune à l'orient se lève, é — Ma douleur s'en va comme un rêve.

La lune se voile. — Mon cœur S'emplit de doute et de langueur.

La lune reparaît, plus belle.

— O la voix pure qui m'appelle I

La lune a disparu des cieux.

— Tout est sombre et silencieux.

VIE CHcAéMTÉr^E

,A "B. Millanvoye.

CULTIVEZ bien vos champs, faites un bon semis De maïs'j disposez des mûriers à distance:

Ayant le grain, ayant la soie en abondance, Vous pourrez réunir et fêter vos amis.

L'été donne le riz; la fleur de chrysanthème Fleurit quand vient l'automne, et parfume le vin; Comme Ton fait honneur, alors, au souper fin Que votre femme sert et surveille elle-même 1

Sous les ormes touffus^ sous les saules légers, Au coucher du soleil on boit, et Ton se grise; Le soir, plus frais, frissonne au souffle de la brise, Et chacun s'en retourne à travers les vergers.

L'hôte marche au grand air, reprend son équilibre. Voit, comme un fleuve au ciel, les astres scintiller : a — J'ai pour longtemps, dit-il, du vin dans mon cellier; Demain je puis encor me griser, je suis libre ! »

'^WW,

LE SE'F^iS^EC^T

kA J. J. Heniier.

A l'ouest, sur le coteau qui penche, Le jour éteint ses derniers feux; A Test, monte la lune blanche; Je puis dénouer mes cheveux.

Tout se tait. J'ouvre ma fenêtre A l'air du soir. De toutes parts, Avec l'air frais, chez moi pénètre Un parfum pur de nénuphars.

J'entends les gouttes de rosée Rouler aux feuilles des bambous.

A ma guitare délaissée Je songe alors : il fait si douxl

Mais pourquoi mêler ma voix tendre Aux souffles du vent parfumé ?

11 n'est plus ici pour m'eniendre, Il est parti, le bienaimé!

Va, rentre au nid, blanche hirondelle !

Ce fut par un semblable soir Qu'il jura de m*être fidèle Jusqu'au delà du tombeau noir.

« — Tout ce que le ciel a vu naître, Disait-il, peut mourir un jour; L'éternité peut cesser d'être ; A tout survivra notre amour!... »

tA Joseph Gayda.

SANS fin, comme Teau suit sa pente accoutumée, Ma pensée aux flots purs va vers la bienaimée.

Comme un rivage où luit le renouveau vainqueur, Dès que la bienaimée est là, fleurit mon cœur.

Comme un jardin désert où pleure un soir d'automne. Mon cœur n'est plus que deuil, dès qu'elle m'abandonne.

LES C0KJBE04UX

^ Taxile T>cat.

PRÈS de la ville, qu'un nuage De poussière jaune envahit. Les corbeaux dont luit le plumage, S'assemblent pour passer la nuit.

Sur les arbres pleins de murmures S'élève leur vol lourd et lent; Puis, dans les ombreuses ramures Ils se posent en s'appelant.

Ils croassent. — La jeune femme Dont guerroie au loin le mari.

Se penche au métier sur la trame Et tisse le satin fleuri.

Elle entend, à travers les stores Qu'enflamme en mourant le soleil, Les longs croassements sonores Des corbeaux avant leur sommeil.

Sa navette reste imm.obile; Triste, elle songe à ses amours; Elle songe, triste et stérile, A l'absent qu'elle attend toujours*.

Elle pense à ceux qui succombent, Marche vers son lit déserté; Et sur son lit ses larmes tombent.

Comme la pluie un soir d'été.

AUTOMNE 8f

Lc4 FEUILLE S WR^ VEc4U

xA Théodore i\Caurer,

UNE feuille de saule, hélas 1 à moitié morte, Se détache au souffle du vent.

Elle tombe sur Teau. L'eau tournoie et l'emporte. Tel a fui mon amour d'enfant.

Couché dans l'herbe, au bord de Teau que le ciel marbre,

Je regarde, léger tableau, La feuille qui dérive et s'éloigne de l'arbre

Incliné comme moi vers l'eau.

^'Ï'ÏÇV»'-

Mais voilà maintenant la feuille revenue

Sous le saule; et plein de langueur,

Je comprends que Tamour envolé continue, Hélas! à me hanier le cœur.

LE 'Ba4TEc4U VE FLEU1{S

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