‹ Poèmes de ChineChapitre 21 sur 25 · A SON MARI QUI FAIT LA GUERRE · texte numérisé non relu

A SON MARI QUI FAIT LA GUERRE

v/4tt Gémral Francis Piilié.

L est telle fleur, frêle et pure, Qui ne peut croître sans appui; II est tel cœur, dont la nature Veut un cœur plus fort près de lui.

Mon amour ne prévoyait guère Ce que lui réservait le sort :

Épouser un homme de guerre I Mieux peut-être eût valu la mort.

Je ne fus qu'un jour votre femme; Et vite il a fui, ce beau jour 1 Dès le lendemain, vous, mon âme.

Vous quittiez mon pauvre séjour*

Je m'étais promis de vous suivre Et de m'attacher à vos pas; Mais là-bas, tous deux, comment vivre?

Je vous aurais gêné là-bas.

Songez-vous, hélas I à Tépouse Qui vous désire en sa langueur > De l'amour la guerre est jalouse I Quand donc reviendrez-vous vainqueur ?

Mon vêtement de toile fine,

Je l'ai tissé patiemment ;

Mais je suis d'humeur trop chagrine

Pour mettre mon fin vêtement.

Les oiseaux volent dans l'espace, Et tous ils volent deux par>deux; Devant leur bonheur pur qui passe, Les pleurs gonflent mon cœur douteux.

Tout appel du plaisir me froisse, Je renonce aux fards éclatants:

Je vous attends avec angoisse; Seule et triste, je vous attends.

VERS HÉROÏQUES 1 3 f

LE CHIE;?^ vu ViAIV^QUEVB^

tA Leconte de Lisle.

UN jour je fus blessé, pendant la grande guerre Où les héros marchaient sous le pavillon noir; Mais sans lâche repos, sans faiblesse vulgaire, J'oubliai la blessure et luttai jusqu'au soir.

Après la lutte, au pied de notre citadelle, Encor sanglant, encor plein d'un tragique émoi. J'errais dans la campagne avec mon chien fidèle Qui, tout le jour, avait combattu près de moi.

Or, montrant à mon chien, sur le champ de bataille, Les cadavres couchés dans Therbe, au bord d'un bois, Et lui montrant le sang qui coulait d'une entaille, Pour le récompenser je lui dis: « Mange et bois! »

Mais le fier compagnon laissa la proie offerte,

Sans même avoir flairé ces morts et leur néant;

Les yeux ardents et doux» vers ma blessure ouverte.

Quand j'eus dit: v Mange et bois! » il se dressa béant.

C'était mon sang vainqueur et chaud, qu'il voulait boire Dans la plaie encor vive, à l'éclat triomphal; Et je tendis, avec l'orgueil de la victoire, Cette tasse écarlate au superbe animal.

T^ElOUTi^ VU SOLT)o4T

kA Sutter Laumann.

JE regarde Thirondelle, L'hirondelle vole haut.

— Celle qui m'aime, bientôt Va me revoir auprès d'elle.

J'appelle, on ne répond pas.

L'amour m'est-il infidèle >

— Je regarde Thirondelle, L'hirondelle vole bas.

Lc4 CIGOGU^E

*A Edmond Lepeîleiier,

L'Empire du Milieu voit sa gloire flétrie, Et la guerre civile y règne avec fureur; O malheureux enfants de la grande Patrie, Je pâlis avec vous de tristesse et d'horreur!

Vous étiez libres tous, et vous êtes esclaves; Tous vous resplendissiez, et vos cieux sont ternis; Vous avez succombé, quoique vous fussiez braves; Sans avoir fait le mal, vous vous trouvez punis.

Quand donc viendra pour vous le jour de délivrance? De quelle race est-il, Thomme élu par les dieux Qui vous rapportera la céleste espérance Et rendra de nouveau votre front radieux > .

Là-bas, sous la nuée où se cache Taurore, Une cigogne blanche émerge à Thorizon.

Elle vole, elle vient! Mais nul ne sait encore Quand elle s'abattra ni sur quelle maison.

COUTES ET LÈGEî^QDES

LO-FOH

kA Sully-Trudhommu

ES qu'au pays de Thsin se lève à l'horizon Le soleil, le soleil dore notre maison.

Au beau pays de Thsin où notre toit scintille, Connaissez-vous Lo-Foh, la belle jeune fille?

A la fine patère en bois de canelier.

Par une tresse bleue est pendu son panier.

Lo-Foh sait dévider la soie, et Lo-Foh cueille Là-bas, sur les mûriers du sud, la tendre feuille.

Selon l'art japonais, Lo-Foh sait d'un doigt sûr Épingler ses cheveux sur son petit front pur.

A son oreille luit, simple mais peu commune, Une perle aux doux feux, ronde comme la lune.

Sa robe longue est jaune et flotte au vent joyeux. Sa robe courte est rose et réjouit les yeux.

Seul, sur son char léger, dans la plaine fertile, Par le chemin du sud le roi rentre à la ville.

Halte ! les cinq chevaux piaffent. « — Qui donc es-tu > » Dit à Lo-Foh le roi, qui Tadmire éperdu.

« — Dans le pays de Thsin qu'habite ma famille. Seigneur, qui ne connaît Lo-Foh, la pauvre fille?

CONTES ET LÉGENDES I4f

« — Et quel âge a Lo-Fôh > — Lo-Foh n'a pas vingt ans, Mais elle a déjà vu plus cle seize printemps.

« — Plairait-il à Lo-Foh, dont la beauté m'enivre. De monter sur mon char et de m'aider à vivre ?

« — A votre reine, ô roi, demandez le bonheur i Moi, j'ai mon fiancé. Merci ! c'est trop d'honneur. »

Lc4 GUITq4\E

oi Camille PelUtan.

VERS le fleuve Tcheng-Yang nous chevauchions un soir. Reconduisant Tami qui m'était venu voir.

Un morne vent d'automme, avec de longs murmures, Frôlait les grands roseaux et les sombres ramures ; Nous fimes halte enfin, dans Tombre, au bord de l'eau. Je suivis mon ami jusque sur son bateau, Afin de boire encore à son heureux voyage.

Nous allions nous quitter. A travers un nuage.

Le clair de lune froid miroitait sur les flots,

Où roulaient sourdement des pleurs et des sanglots;

Et tous deux nous rêvions, le cœur mélancolique.

Pour charmer nos adieux n'ayant point de musique!

La musique adoucit les plus tristes instants.

— Mais tout-à-coup, sur Teau qui frissonne, j'entends

Les sons harmonieux et clairs d'une guitare.

Qu'ils sont doux ! Leur douceur de notre cœur s'empare;

Nous nous levons tous deux, nous cherchons dans la nuit

D'où peut venir le chant divin qui nous séduit.

Nous courons vers l'endroit où l'instrument résonne;

Là, nous regardons. Rien! Nous appelons. Personne!

Tout.se tait. Vainement nous prions, supplions.

Nous allumons la lampe. A ses jaunes rayons

Nous distinguons alors, par dessus notre amarre,

Une femme que cache à moitié sa guitare ;

On cause, elle consent à venir près de nous.

Et son chant recommence, aussi pur, aussi doux.

Le prélude indécis tremble, comme une étoile Pâle et timide, au bord de l'ombre qui la voile ; La mélodie, avant de prendre son essor.

Hésite, et se berçant, semble rêver encor.

Le sentiment se cherche et déjà se révèle ; Il se dégage, avec une douceur nouvelle; Puis, dans une aube où l'ombre enfin s'évanouit. Tel qu'un arbuste en fleur, le chant s'épanouit. Les arpèges, courbant leurs arabesques libres. Parcourent l'instrument dont tressaillent les fibres;

Leur vol monte, descend, va, vient, remonte aux deux,

Plane, et vers nous retombe en sons délicieux.

Sur un plateau de jade il pleut des perles fines.

Plus bas, c'est un bruit d'eau roulant dans les ravines;

Ici tout luit, tout rit; là s'effeuillent des fleurs ;

Un rêve d'amour pur aux limpides couleurs

Jaillit dans Téther bleu, pour éclore en fusée ;

Souple comme un rayon dansant dans la rosée,

La gamme fait vibrer tous les échos des bois;

Et voici qu'on entend un fleuve aux mille voix,

Qui, du haut des rochers, précipite en écume

Ses nappes de cristal dont s'irise la brume.

Mais silence ! un oiseau passait, il s'est posé.

L'air s'achève ; on dirait un beau vase brisé

Qui gémit sous le choc, s'ouvre, éclate, s'écroule.

Une sourde rumeur s'enfle comme une houle :

L'esprit rapide évoque, au loin, dans un éclair,

Une charge emportant des cavaliers de fer.

L'archet est ramené ; tout frémit, tour expire ;

Et c'est comme un morceau d'étoffée qu'on déchire.

A l'Est, à rOuest, partout, les bateaux sous les cieux.

L'accord final éteint, restent silencieux :

Rien que le clair de lune argentant l'eau qui rêve!

Or, la musicienne, ayant fini, se lève.

Nous salue, et s'apprête à quitter notre bord ;

Mais nous la retenons. Elle a honte d'abord.

Puis, voyant l'intérêt sincère qu'elle inspire,

Elle nous parle, avec un triste et fin sourire.

La capitale était son pays, A treize ans,

Elle apprit la musique ; et les tendres accents

Que la guitare avait sous sa main si légère,

A tous les connaisseurs bientôt la rendaient chère.

Célèbre, dans son art tenant le premier rang,

Ne trouvant sur ses pas aucun indifférent.

Enviée en secret par les plus nobles femmes,

Elle mettait partout les plus grands cœurs en flammes.

Il n'était rien d'assez précieux, pour payer

Le moindre des morceaux qu'elle daignait jouer;

Tous les jours, on fêtait la jeune enchanteresse.

Que de joyeux matins, et quelles nuits d'ivresse I

Sans qu'elle en eût souci, l'automne et le printemps

S'envolaient, dans un bruit de rires éclatants.

Son frère était soldat, et sa mère était morte. —

Mais le temps passe, fuit, et dans sa fuite emporte

La jeunesse et Tamour, qu'il effeuille aux vents froids.

Après s'être endormie heureuse tant de fois,

Elle connut la longue insomnie et les larmes.

On n'admirait plus tant son talent ni ses charmes ;

Les chaises à porteurs et les chevaux fringants

Amenaient à ses pieds beaucoup moins d'élégants.

Adieu les rêves d'or que l'illusion berce!

Les temps devenaient durs. Un homme de commerce

Montrant pour elle alors un sérieux penchant,

Elle se dépêcha d'épouser ce marchand ;

Mais le digne homme, aimant l'argent sur toute chose.

Lui faisait rarement des jours couleur de rose.

IfO POEMES DE CHINE

« Voilà bientôt, dit-elle, un mois, qu'il a quitté

Sa femme et son bateau pour ses achats de thé ;

Entre la lune pâle et les frissons du fleuve,

Je suis depuis un mois seule comme une veuve.

Ce soir, au souvenir de ma jeunesse en fleur^

J'ai pleuré. Je chantais pour tromper ma douleur. »

Nous avions admiré le talent de l'artiste ;

La femme nous émut. « — Hélas! la vie est triste,

Dis-je ; et Tart fait de nous, en nos destins divers.

Les enfants déclassés de l'antique univers.

Nous nous reconnaissons sans nous connaître; il semble

Qu'on soit de vieux amis dès qu'on se trouve ensenible.

Loin de la capitale, hélas! depuis un an.

Moi-même, je végète ainsi qu'un paysan ;

Et je me sens vieillir, sans amis, sans musique,

Sans bien-être moral ni bien-être physique.

Depuis un an, pas un accent mélodieux !

J'habite, au bord du fleuve, un logis odieux.

Un pavillon qu'entoure un jaune marécage

D'où la fièvre, parmi les roseaux, se dégage.

J'entends à mon réveil, j'entends pour m'endormir.

Les corbeaux croasser et le singe gémir ;

Dans le printemps en fleur, sous la lune d'automne,

Je bois tout seul. L'ennui jamais ne m'abandonne.

Parfois vient jusqu'à moi la flûte ou la chanson

D'un montagnard qui passe auprès de ma maison.

Est-ce de la musique? Hélas! c'est le contraire,

Et ce bruit-là m'irrite au lieu de me distraire.

CONTES ET LÉGENDES Ifî

Ce soir, à vos accords, loin du inonde réel, Enfin j*ai respiré. J'ai vu s'ouvrir le ciel. Jouez un air encore, oh ! je vous en supplie, Avant que je ne rentre en ma mélancolie! »

Elle pencha le front, se recueillit un peu,

Puis reprit sa guitare; et son plaintif adieu

Sut allier à tant de tristesse profonde

Tant de douceur, qu'il fit fondre en pleurs tout le monde.

If2 POEMES DE CHINE

CHcA^HirS o4LTÊ'I{pCÊS

kA xAlhert SM^rat,

AU bord du fleuve, un soir d'été, par la fraîcheur, Ly-Ting, le bûcheron, Tchang-Sao, le pêcheur. S'en retournaient, porteurs d'une fortune égale, Après être venus vendre à la capitale, Le premier ses fagots et l'autre son poisson. Ayant bu largement d'excellente boisson, Ils suivaient leur chemin, légers, pleins d'allégresse. Le crépuscule était doux comme une caresse; Et célébrant tous deux leurs travaux tour-à-tour, Ils devisaient ainsi dans l'or mourant du jour :

TCHANG-SAO

Vivre pour les honneurs, les intérêts, la gloire, C'est rêver en tenant un tigre entre ses bras ; On est bien plus heureux lorsqu'on vit sans histoire, Loin des complots obscurs et des vains apparats.

Dans ses humbles loisirs, tandis qu'en longues files S'alignent devant Teau tous les oiseaux plongeurs. Le pêcheur va cueillir sur les rives fertiles La fleur bleue et la fleur aux timides rougeurs.

Que sa barque est petite en l'étendue immense ! On dirait une feuille emportée au courant; Mais elle vogue en paix; le ciel plein de clémence Sur le flot musical la berce en murmurant.

Parmi les osiers verts de l'anse harmonieuse, A l'heure du retour, sa femme^et ses enfants Viennent rire et chanter ; et leur âme joyeuse Est un port calme et sûr que respectent les vents.

LY-TING

Le bûcheron n'est point esclave ; il a la force, Il a la liberté, l'espérance, l'amour ; Dans ses souliers de paille et ses habits d'écorce, Il se sent aussi fier qu'un roi devant sa cour.

Pour lui, pour tous les siens, le ciel sait à merveille Mûrir sur le coteau la poire au jus sucré, La prune violette et la pêche vermeille, La piquante jujube et Tabricot doré.

L'hiver vient, Thiver part. La fleur naît, puis la feuille; Et le printemps au bois réveille les chansons. L'été gonfle les fruits, et l'automne les cueille ; Puis c'est encor la neige et les brillants glaçons.

Et l'hiver ou l'été, le printemps ou l'automne. Que ce soit la saison des frimas ou des fruits, Au vaillant bûcheron la bonne forêt donne L'heureux labeur des jours et le repos dés nuits.

TCHANG-SAO

Le pêcheur a sesi biens. Sur les flots qu'il explore. Il récolte la menthe xju le nénuphar blanc, La pousse du bambou l<)rsqu*elle est tendre encore, Et la châtaigne d'eau que berce un lac tremblant.

La tortue, à la verte et lourde carapace, Lui fait un fin rôti ; le crabe tacheté Le régale; il extrait de sa claire cuirasse La crevette qu'il presse avec dextérité.

CONTES ET LÉGENDES Iff

Puis, au chant de la brise, étendu sous les branches Dans son bateau flottant près d'un saule amarré, Il voit les cormorans et les cigognes blanches Voler en plein soleil sur le ciel azuré.

LY-TING

Qui ne préférerait au crabe, à la tortue, L'appétissant fumet de notre venaison?

La faisane et le daim qu'un adroit chasseur tue, Ne sont-ils pas meilleurs que le plus fin poisson >

Le montagnard dispose à son gré sa demeure ; Aucune ambition ne trouble son cerveau; Pour le garder en joie aux jours où le ciel pleure. Dans sa cruche fermente et bout le vin nouveau.

Un hôte arrive : on joue aux échecs; on s'anime. On sort ; la lune luit sous le feuillage noir ; Et le luth, se mêlant au clair de lune intime, Berce un rêve embaumé dans le sommeil du soir.

TCHANG-SAO

Lorsqu'à l'horizon pur surgit la lune ronde Qui prend les fleurs au loin dans ses réseaux d'argent. Le pêcheur, seul, debout entre le ciel et l'onde. Règne en maître et seigneur sur le fleuve changeant.

If6 POÈMES DE CHINE

Quand le soleil se lève au sein des vapeurs roses, Il aborde un îlot plein de verts sauvageons; Là sèchent ses filets; et lui, paupières closes, Jusqu'à la troisième heure il dort parmi les joncs.

LY-TING

L'insecte jusqu'au cœur ronge l'orme et le saule ; Le bois mort craque et tombe au pied dé l'oranger ; Le bûcheron revient, le fagot sur Tépaule ; Malgré sa lourde charge, il a le pied léger.

Et quel bon somme alors il fait sur son lit d'herbes! Il n'a pour oreiller qu'un tronc d'arbre grossier; Mais il serait gêné par des rideaux superbes : Ses fils seraient moins beaux dans un palais princier.

TCHANG-SAO

Près du treillis léger, sous les fleurs familières. Je montre à mes enfants la meilleure façon De tresser les filets aux mailles régulières Et d'enrouler la soie autour de l'hameçon.

LY-TING

Quand ma tâche est finie, heureux et fier de vivre. Près du léger treillis fait de bambous croisés. Pour apprendre à mes fils à lire dans un livre, Je m'assieds avec eux sous les cieux apaisés.

CONTES ET LÉGENDES l^J

TCHANC-SAO

Notre vallée est close aux rumeurs de l'Empire, Et des Dieux seulement nous entendons la voix.

LY-TING

Au pied de nos coteaux le bruit du monde expire, Et le souffle du ciel émeut seul nos grands bois.

TCHANG-SAO

Pour l'habitant des lacs, gracieuse et candide,

Une épouse aux yeux clairs fait bouillir Teau du thé.

LY-TING

Une modeste épouse au beau regard limpide ^ Apporte au montagnard le riz bien apprêté.

TCHANC-SAO

Le bienveillant pêcheur donne le nom de frères A ceux qui, comme lui, vont sur Teau chaque jour,

LY-TlNG

A ceux qui, comme lui, vont aux bois séculaires Le bûcheron prodigue un fraternel amour.

TCHANG-SAO

Le batelier devient, sur son libre rivage.

L'ami du cormoran et Tami du héron.

LY-TING

Le pin, le chèvrefeuille et le prunier sauvage, Dans sa libre forêt charment le bûcheron.

TCHANG-SAO

Avec quelle douceur, au printemps, l'âme ouverte, On voit fuir sous les ponts les torrents débordés!

LY-TING

Qu'on se sent doux et fort, quand la montagne verte Sort, au lever du jour, des brouillards argentés!

TCHANG-SAO

L'horizon du pêcheur est plus grand qu'un royaume.

LY-TING

La montagne est un temple ayant le ciel pour dôme.

TCHANG-SAO

Le pêcheur est l'égal des Sages radieux.

LY-TING

Le montagnard finit par ressembler aux Dieux.

TCHANG-SAO

Soyez bénis, flots purs, en vos profonds abîmes!

LY-TING

Soyez bénis, grands bois frissonnant sur les cimes I

TCHANG-SAO

O baisers du ciel d'or!

LY-TING

o terre qui fleuris 1

TCHANG-SAO

Adorons la nature !

LY-TING

Adorons les esprits!

l6o POÈMES DE CHINE

Lo4 C0U'RJ'lSc4!7^E <AUX EV^FE'B.S

%A Jules KArène.

LA COURTISANE. — LE JUGE lEN-WANG. — LES DIABLES.

t Le vent de la demeure des morts est dur, la porte du temple s'ouvre, le prince len-Wang siège à son tribunal. Des diables à tête de hxuf, à figure de cheval, des scribes, des diablotins, se tiennent rangés à droite et à gauche. Le diable Ou-Tchang est très affairé ; il a reçu la tablette d'ivoire et poursuit les âmes. Dans la prison, une ftmme pleure piteusement; il l'entraîne dei'ant le tribunal. »

(Jules Arène. — La Chine familière et galante,)

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