ROME
Tous les chemins mènent à Rome, diton, et c'est ici même qu'ils aboutissent.
Toutes les amorces au Sud jusqu'à la mer, toutes les voies comme une émission de son sol même que par tous les interstices
Des couronnantes Alpes à l'horizon, le plissement et l'accumulation de la terre au dessus de l'Italie,
Glisse et pousse et ramifie de tous côtés au travers de l'Europe, feuille et or, qui se dilate et s'approfondit,
La Ville née pour être le tuteur et le magistrat de toutes ces races en morceaux et pour en recevoir tribut.
Tout ce système de bras qui assujettissent et possèdent et toute cette étoile de rues.
Aboutissent, à mesure que diminue le chiffre milliaire.
A cette maçonnerie qu'on appelle le Colysée comme un muscle et à cette espèce d'engin vasculaire.
Ce que la terre de Saturne comme une mère sans cesse travaillée par de profonds tressaillements
A envoyé vers le monde pour l'unir, ce ne sont point des hommes, c'est du ciment,
Les Légions dans toutes les rainures de la Terre à son dessin patiemment incorporées comme des coulées de laves,
La piste maintenant figée, à travers tout ce chaos de tyrans précaires et d'esclaves.
Qu'a tracée vers l'enceinte unique de cette ville avec ses quartiers qui s'étend jusqu'à embrasser le genre humain
La Loi qui est la même pour tous et la Majesté du langage latin.
C'est d'ici que les armées sont parties et c'est ici qu'elles reviennent en triomphe
Dans la vendange et le trophée de l'Orient et du Septentrion.
En marche pour l'inventaire vers la Ville comme vers l'insatiable amateur et le dur expert au bout de la chaussée,
Tout ce qu'il y a dans l'univers à voir, à sentir, à connaître et à manger !
Les ambassades l'une dans l'autre embarrassées, la ligne des prisonniers qu'on pique,
Les femmes pour le lupanar, les charrois dans la poussière de statues et de manuscrits en vrac parmi les instruments de musique.
Les vieilles idoles déterrées, tous les dieux et tous les animaux exotiques!
Dans le filet sans cesse rejeté voici toutes les productions de la terre et de la mer
Pour cette table comme un tribunal où la gourmandise elle-même a quelque chose de judiciaire.
Ce ne sont plus les animaux sacrés seulement! Voici, les mains dans la Vie tout entière ouverte et pantelante sur le Capitole sublime.
La vieille curiosité de Faugure occupée parmi l'entraille des victimes !
Et pendant que de tous les peuples tous les dieux sans qu'il en manque un seul sont accumulés dans le Panthéon,
Point de sang d'aucune race sous le ciel dont la terre sacrée n'ait reçu un échantillon,
Mère de la vigne et du chêne et fondation de grands murs,
La pouzzolane quia la couleur impériale elle-même de la pourpre mûre !
Ce n'est pas assez du sang, ni des entrailles avec le foie qui par le ventre ouvert s'échappent comme du raisin noir,
C'est l'âme que l'on veut à tout prix enfin faire sortir du corps pour la voir !
Sous la rage de tout un peuple qui serre et sous l'effort de la machine à broyer,
C'est le cri suprême à tout prix qu'il s'agit de lui extorquer!
Fermez tout! faites monter les murs et la conque des gradins de toutes parts !
Que le théâtre soit assez grand pour
que le monde entier puisse s'y asseoir!
Tout ce déversoir qui arrive ensemble, tout cet organe d'ouvertures comme une seule chose qui regarde et qui touche,
Tout ce cercle et ces étages de trous, c'est les routes ici de tout l'univers qui débouchent !
Qu'est-ce qu'il y a à voir ? Pas autre chose qu'un homme parmi les bêtes, pas autre chose qu'un homme aux prises avec la mort!
Parmi tant de combattants, est-ce qu'il y en aura un enfin qui sera le plus fort ?
Est-ce qu'il y aura quelqu'un enfin que nous verrons debout et vainqueur dans autre chose que le corps ?
Vaincre ! ce n'est pas d'accepter le coup qu'on demande, ni ce ramassement brutal
Du stoïque dont toute la sagesse ne va qu'à imiter la résignation de l'animal.
Arrive, chrétien! c'est à toi que l'on en veut, possesseur de la vérité!
Voici un cirque pour toi à la dimension de la catholicité.
Porteur de promesses qui ébranlent le monde et de menaces démesurées,
Nous nous défendons, défends-toi!
Point de pitié envers ce qui est vrai !
La parole de Dieu avec toi que tu annonces nous allons bien voir si elle y est.
L'ombre semblablement à nous que fait ton corps, nous saurons ce qu'il y a dedans.
Ce que la vie réunit avec toi, vois les bêtes qui vont y porter la dent,
Afin que nous entendions le Verbe dans le cri de la créature qui se sépare.
Et la confession de Lui-même à Luimême, toi martyr, au sein de la Lumière déipare !
C'est fini, la messe est dite. Lève-toi, peuple des quatre parts du monde assemblé !
Il n'y a plus rien à voir, le combat est combattu et la victoire est gagnée.
Comme de quelque écueil dans une
rafale d'ailes et de cris se lève le ban de§ oiseaux de la mer,
Voici le drame fini qui retenait ici Tunivers.
Et par la paroi craquée, toute bouillante du salut qui consperge la masse animale,
La nouvelle chrétienté vers toutes les demeures de l'homme à remplir s'échappe de la cuve baptismale.
Voici la certitude qui vient de Rome et dans la nouvelle inouïe tous les peuples qui ont à prendre leur position.
Non plus l'amphithéâtre et le forum seulement, mais l'univers entier que gagne le bruit de la parole et de la contradiction.
Voici tous ces peuples muets qui vivent et qui prennent corps par leur âme et qui indiquent
Cette église au principe de leur parole que Rome a fournie de reliques.
Voici pour l'encemencement du monde tous ces corps pleins de Dieu dont elle a accumulé provision.
Rome a fait assez de saints pour que chaque village lui doive son patron.
Là-bas maintenant pour tous à la place de l'exacteur entre ses faisceaux et de Tâcre Louve usuraire,
Se tient le Vieillard sans armées et ce grand Mendiant que nous appelons notre Père.
Plus haute que la Palatin et plus spacieuse que le Forum,
Au-dessus de tous les arcs-de-triomphe entassant toutes les couronnes,
Se dresse, par toutes ses voûtes composantes et par tous ses orbes compensés, au-dessus de Pierre à qui toute ligne aboutit,
L'église fondée sur elle-même comme le ciel qui tonne silencieusement : C'est ici !
Et que le monde ne contient pas, car c'est elle qui le contient.
Salut, globe de la certitude et perle du mystère chrétien!
Propitiatoire dans le ciel, pôle et source des sacrements,
Par qui la vertu de nous sauver est infuse à tous les éléments !
Héritière de tous les destins et dispensatrice éternelle de la Loi,
Rome au-dessus des Empires sans trembler assume le Pontificat.
Il y a quelque chose de plus haut que toutes les couronnes, c'est le Dais!
Il y a quelque chose de plus immense que la Guerre, c'est la Paix !
De plus fort que toutes les contradictions et c'est la Vérité!
De plus continuel que le temps et c'est l'Eternité!
De supérieur à tout le méandre et c'est là-bas cette longue ligne inflexible, comme du miel.
Cette longue ligne à l'horizon là-bas toute droite plus désirable que le sommeil,
Sur qui s'arrondit une chose souvent décrite et qui nous manifeste que c'est là,
Saint-Pierre-du- Vatican qui garde les Clefs et la Porte par où l'on passe au delà!