‹ Poemes de la guerre, 1870-1871Chapitre 14 sur 27 · PRELUDE · texte numérisé non relu

PRELUDE

Je n'en veux plus avoir! — Je jure Que, même en flattant ceux d'autrul, Je ne lui ferai pas l'injure D'en aimer un autre après lui!

N'en pas avoir : c'est plus facile!

A la longue le cœur se prend.

Puis un beau jour on se surprend A pleurer comme un imbécile

Parce qu'il est mort! — Au surplus C'en est assez : mon âme est lasse!

Des amis, soit ! Des enfants, passe !

Mais des chiens, je n'en aurai plus !

J'aurais moins pleuré ma maîtresse!

Ah! pauvre bêce! Ami Bistu!

Ceux qui riront de ma détresse Sont ceux qui jamais n'en ont eu!

J'ignore s'il était de race!

Plus d'une fois, le cher petit.

Il resta sur son appétit.

Car sa pâtée était peu grasse!

Mais son œil amical brillait Dans son [xn\ noir tache de jaune, Content comme celui d'un Faune Qui vient de se griser de lait!

Mais je sais qu'il avait une âme Et plus d'esprit dans son cerveau Que le marchand de vin infâme Qui le fait passer — pour du veau!

Et qui, pour nourrir quelques pleutres.

Francs-tireurs très-irréguliers.

Qui ne sont que des chapeliers Faisant la réclame à leurs feutres.

BISTU. 147

Tient son pauvre corps exposé Sur le gril qui lui sert de fosse, Et cherche à convertir en sauce Son pauvre sang décomposé !

Puissiez-vous, Hurons! Câfres!! Kurdes!!!

Effroyables gloutons des morts, Sentir dans vos ventres absurdes Aboyer l'éternel remords !

Et dévorés par l'incendie Du mal, idoine aux animaux, Et qu'au dam de tous autres maux On appelle : la Maladie ;

Dans les sursauts extravagants D'une rage extraordinaire Crever en mordant jusqu'aux gants D'un élève vétérinaire!

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