‹ Poemes de la guerre, 1870-1871Chapitre 15 sur 27 · ALLEGRO · texte numérisé non relu

ALLEGRO

Non. c'est vrai, j'ai roue supporte :

Le froid, la famine, l'absence !

Et j'ai souffert avec décence. Comme on dit, pour la liberté!

Simple poète et sans riposte Contre les bombes des Pervers, Je leur ai fait, par ballon-poste.

Tomber sur le casque — mes vers !

L'épithète est un fulminate Quand le poëme est un canon; En touchant les noms elle éclate !

J'ai touché déjà plus d'un nom !

J'ai cessé de lire un poëte Parce qu'il était Allemand !

Et je le prononce : Go-cthe, Pouvant faire difTcrcmment!

BISTU. 149

En aurai-je encor le courage î^ Nous écions deux ! — Me voilà seul !

L'ami Bistu dans son linceul Emporte une part de ma rage !

Hélas ! j'ai le cerveau perclus!

Le journalisme est mon refuge !

Mon ami ne m'inspire plus ; Je n'ai plus mon ami pour juge!

Si vous voulez me lire encor, Rouvrez-moi d'abord cette tombe !

Quand il aboyait à la bombe.

Ma rime avait le son du cor !

S'il rongeait un os plein de moelles Sur son oreiller de duvet.

Du coup de pied qu'il recevait Je m'élançais jusqu'aux étoiles!

Vous dites : — Il grondait! — Ncnni ! Heureux de ma sainte colère Il revenait, chien exemplaire, Jusqu'à ce que l'os fût fini!

Alors, rêvant à quelque chicane Idéale du Pays Bleu, Il s'endormait, l'œil sur le feu, Mêlant sa pensée à la mienne ! —

Il naquit d'un père inconnu.

Comme bien d'autres plus célèbres !

Mais comme il était malvenu On voulut le rendre aux ténèbres.

J'intervins, et l'on m'en fit don.

Dans ma naïve inadvertance Pour aller lui quérir pitance Je le mis sous mon édredon.

Il en prit l'habitude tendre ; Et, jusqu'à son dernier soupir.

C'était là qu'il allait s'étendre Lorsqu'il désirait s'assoupir!

Je lui donnai du lait d'âncsse, Cognac du faible, et, mis en goût, Ristu n'y cliercha point finesse :

C'était un cœur simple, — il but tout!

BISTU. iji

Puis il bâilla ! Panégyrique Si délicat de mon bienfaic.

Que je compris qu'il était fait Pour être le chien d'un Lyrique!

Nous nous aimâmes de ce temps.

Sans autre motif, ce me semble !

Et, lorsque revint le printemps.

Nous courtmies les bois ensemble.

Comme un maître et son écolier Nous butinions de cime en cime.

Moi, sans chagrin, lui, sans collier, Cherchant son os, et moi, ma rime!

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