ADAGIO
Jours heureux, vécus désormais !
Avec eux ma jeunesse esc morcc !
L'avenir nous rend-il jamais Ce que le passé nous emporter^
Ensemble plus ne reverrons Tous ces chers sentiers d'aventur^ !
La Seine n'a plus sa ceinture, Paris n'a plus ses environs!
Paris n'a plus ses environs !
Et l'on n'entend plus sur la Seine
Chanter les joyeux avirons
Qui faisaient pleurer Henri Heine!
Heine, — l'Allemand converti !
Qui même en proie à la soullVance Riait du bon rire de France, Ne nous avait pas averti
BISTU. iSJ
Que messieurs ses compatriotes,
Si doux et si conciliants
Quand on leur commandait des bottes,
Viendraient bombarder leurs clients !
Sois prêt à tout! — Oh! qu'il est sage Ce vieux dicton de nos aïeux !
La fraise du bois de Bayeux A disparu du paysage !
Avec elle ils ont dévasté Les guinguettes et les tonnelles ; A la porte des bals d'Eté Ils ont posé des sentinelles !
Van-der-Thann y montre à Steinmetz Ce qu'on fait de soi quand on polke.
Et Frédéric, vainqueur de Metz, Explique Offenbach à de Moltke !
Le moment est bon pour partir D'un monde qui s'en va lui-même!
Et tu meurs, — ù chien de Bohême, Avec tout un peuple martyr !
\'oici venir les races tristes !
Et la bière a vaincu le vin !
Nous avons trop ri de Chauvin Et trop aimé les guitaristes !
C'est fini! nous ne rirons plus!
L'avenir est aux brasseries !
Adieu, folles rêvasseries, Il nous faut des arts absolus !
On nous permettra l'harmonie Sérieuse! — ■ ce point ce faux art Qui fit tant de tort à Mozart En latinisant son génie !
\"ainqucur enfin de « l'Air du Tr.i Le Panthéisme à grand orchestre Deviendra le ncc plus ultra De notre paradis terrestre !
Et par leurs gâchis étonnants, De la cimaise jusqu'aux cintres, Les peintres teutons-tcutonnant-; Remplaceront les autres peintres!
BISTU. i$s
Et nos pinceaux s'inspireront De ce maître au concept étrange Qui représenta Michel-Ange Avec une chandelle au front !
Sur les bancs de chaque Lycée
— Ou tout élève aura son bock !
L'Iliade sera Klopstock,
Et le second Faust, l'Odyssée !
Et les recteurs, le nez en l'air.
N'auront à réprimer d'émeute Qu'entre les partisans de Goethe Et les partisans de Schiller !
Là se bornera toute étude
Et tout doctorat, — à savoir :
— Sortir enfin d'incertitude Sur le rang qu'ils doivent avoir !
Si Schiller doit tenir la palme Quand Gœthe la mérite autant! - Une pipe d'honneur attend Celui qui gardera son calme !
iS<î LA GUERRE.
Puis, comme il tant désabrutir Graduellement la jeunesse.
Les grands à l'école du tir Iront exercer leur finesse !
Et berceront, près des tambours Et des projectiles coniques Leur esprit de topinambours Et leur grâce de mécaniques !
O vaincus ! voilà les destins Auxquels le vainqueur vous condamne Adorons la mâchoire d'âne, O mes frères, les Philistins !
— Nécessité psychologique! — Lhomme n"est plus qu'un singe armé!
Messieurs, le plaisir a fermé Sa grande lanterne magique !
BcAux porte-lyres, mes amis, Allez-vous-en chez les sauvages !
Les porte-couronnes ont mis La tristesse sur ces rivages !
BISTU. 157
Chez l'Ennui, prince du pied plac, Qui ne l'a pas, doic se le faire!
Petits pieds, filez sans éclat, Ce prince n'est pas notre affaire !