ANDANTE
Montmirail! mil huit cent quatorze!
Le progrès n'est qu'un plagiat; Quand Dieu pétrir, l'âme d'un Sforze C'est sur le moule d'un Borgia !
Son œuvre n"a qu'une copie!
Sa volonté n'a qu'un patron !
L'univers est une toupie
Qui croit marcher, — et suit un rond!
Autour du Fait tourne l'Idée!
Autour de l'Objet, le Désir!
Le fil s'embobine à plaisir A la quenouille dévidée.
Dans son scepticisme grondeur L'homme a raison de croire à l'astre ! Il s'achemine à la splendeur Par la même loi du désastre !
BISTU. i8s
Enfant, apprends ton avenir Au passé même de ton père.
Tout est jalon! — Tout est repère!
Deviner, c'est se souvenir!
Le jour d'hui n'est que le décalque Du jour d'hier — et de demain !
Dieu rend en ombre au genre humain Ce qu'en lumière il lui défalque.
En mai , si tu brûlas ton bois , Les fleurs renaîtront en novembre !
Quand de deux membres meurt un membre, L'autre se double et vit deux fois !
Tout s'ensemence et tout se ronge !
Rien n'est mauvais et rien n'est bon.
Le diamant sort du charbon.
Et la vérité , du mensonge.
Rien n'est obscur, celé, ni clos; Tout se répète ec se ressasse !
La haute marée — et la basse Ont le même nombre de flots !
i8rt LA GUERRE.
Vivre , — c'est accomplir la vie !
Mourir, — c'est accomplir la more !
Le monde est un vaste ressort Où rien n"arrètc et ne dévie!
Rien n'est licite ou clandestin!
Nul n'est saint, et nul n'est impie !
Tout va ! — Le criminel expie Moins son crime que son destin !
On creuse, on comble ! — On comble, on creuse ! Rêver le bonheur, c'est faiblir!
O gâcheur, qui veux t'établir.
Est-ce que ta gâche est heureuse?'
A ta besogne, fainéant!
A ta meule, cheval aveugle!
Pleure, gémis, renâcle, beugle!
Mais ensemence ton néant.
Le Christ a retardé le monde En lui prêchant l'unique Amour.
Car la Haine, elle aussi, féconde!
La nuit crée autant que le jour!
BISTU. 187
Aux yeux sans sourire du Maîcre Aimer vaut autant que haïr !
Aimer, c'est encor se soumettre!
Haïr, c'est toujours obéir!
Tout n'est que moyen pour qui mène A son couronnement final La vaste tragédie humaine Par le céleste et l'infernal !
L'Amour crée, et la Haine tue!
L'une est la dent, l'autre est le fruit! L'un vole, l'autre restitue!
Tout détruit, — et rien n'est détruit!
L'Amour tient la Haine en haleine Par la féconde effusion Qui, du ver jusqu'à la baleine .
Met l'univers en fusion!
La Haine soutient l'équilibre Par l'embrassement corrosif Qui désagrège, fibre à fibre, Depuis l'algue jusqu'au récif!
i88 LA GURilKE.
Cet équilibre, — c'est la vie!
ToLic se pondère en s'excluanc!
Torrent d'Amour ! Torrent d'Envie !
La Terre flotte au confluent !
Voyez ! le système est vulgaire , Et c'est celui du balancier !
— Pourquoi l'homme fait-il la guerre }
— Parce que l'homme est carnassier.
L'homme sent sa chair — ec l'adore D'abord en lui, puis alentour !
Il la recherche dans l'Amour; Dans la Haine il la cherche encore !
Elle bouillonne dans son vin !
Avec son pain, elle fermente !
La chair de l'homme le tourmente Comme la pâce son levain !
Quand Dieu pccnt l'âme d'un Sforze, C'est sur le moule d'un Borgia !
Le progrès n'est qu'un plagiat !
iMoiumirail ! Mil huit ceiu quatorze ! —
BISTU.
Sur le granit en letcres d'or, Voilà ce que lut mon caniche ! — Et tout à coup, à la corniche D'où l'aigle avait pris son essor,
Ivre de vin et de carnage , Dans le cliquetis de leurs os , Se raccrocha, comme à la nage, L'horrible bataille d'oiseaux !...
iço LA GUERRE.