SCÈNE III
LA FRANÇAISE
Ton Fils était robuste ainsi qu'un jeune chêne, Le mien était chétif comme un frêle arbrisseau !
l'allemande.
Ton Fils avait l'esprit qui dirige la haine , Le mien avait gardé la candeur du berceau !
LA FRANÇAISE
Le génie au combat est vassal de la force !
Plus d'un chef fut en proie au butor triomphant !
les deux meres, 51
l'allemande.
La force est le gibier; le génie est l'amorce ! Goliath est tombé de la main d'un enfant !
LA FRANÇAISE
Ton Fils était habile aux armes ! Sa patrie Pour ce labeur de mort te l'avait préparé !
l'allemande.
Le tien , fils des Latins, en avait l'industrie ; D'une vengeance amère il était altéré !
LA FRANÇAISE
Le tien avait ses Rois.
l'allemande.
Le tien, sa République !
LA FRANÇAISE
Ivre de son faux droit, il marchait convaincu !
l'allé mande.
Ivre de son devoir, il marchait sans réplique!
LA FRANÇAISE
Le tien était vainqueur !
LALLt MANDE.
Le tien était vaincLi !
LA FRAXÇAISK.
O Femme aux cheveux blonds, me crois-cu donc si veuleJ^ Et connais-tu l'éclair qui passe dans mes yeux }
l'allemande.
O Femme aux cheveux bruns, mes bras sont déjà vieux. Mais hier ils levaient une pierre de meule !
la française.
En France, la vengeance est une vendetta , Un meurtre s'y transmet ainsi qu'un héritage !
l'allemande.
Eh bien, en Allemagne on en fait le partage, Mille sont endettés pour un qui s'endetta !
LA FRANÇAISE
o Femme, aux os d'airain, redoute ma morsure ! Les ciseaux de mes dents ont des secrets mortels !
l'allemande.
O Femme, aux nerfs d'acier, mes poings sont des martels ; Ils ont des coups affreux qui rendent la mort sûre !
LA FRANÇAISE
Sans doute un de ces coups par vos fils assénés ! — Laisse parler ton sang ! il t'a trahi, j'espère !
l'allhman'de.
Tes secrets, on les lit entre tes dents, vipère ! Les derniers-nés chez vous les tiennent des aînés !
LA FRANÇAISE
Ose dire à présent que par sa seule force Ton Fils n'a pas brisé cette tête du poing !
L'ALLEiMANDE.
Prouve-moi maintenant que ton enfant n'est point Celui qui par la ruse a transpercé ce torse !
LA FRAKÇArSE.
O doute ténébreux ! Insondable secret !
Qui vole à ma douleur jusques à ses blasphèmes !
l'allemande.
O justice qui laisse un crime sans arrêt ! Les morts n'ont devant toi d'autres témoins qu'eux-mêmes !