‹ Poemes de la guerre, 1870-1871Chapitre 7 sur 27 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LA FRANÇAISE

Ton Fils était robuste ainsi qu'un jeune chêne, Le mien était chétif comme un frêle arbrisseau !

l'allemande.

Ton Fils avait l'esprit qui dirige la haine , Le mien avait gardé la candeur du berceau !

LA FRANÇAISE

Le génie au combat est vassal de la force !

Plus d'un chef fut en proie au butor triomphant !

les deux meres, 51

l'allemande.

La force est le gibier; le génie est l'amorce ! Goliath est tombé de la main d'un enfant !

LA FRANÇAISE

Ton Fils était habile aux armes ! Sa patrie Pour ce labeur de mort te l'avait préparé !

l'allemande.

Le tien , fils des Latins, en avait l'industrie ; D'une vengeance amère il était altéré !

LA FRANÇAISE

Le tien avait ses Rois.

l'allemande.

Le tien, sa République !

LA FRANÇAISE

Ivre de son faux droit, il marchait convaincu !

l'allé mande.

Ivre de son devoir, il marchait sans réplique!

LA FRANÇAISE

Le tien était vainqueur !

LALLt MANDE.

Le tien était vaincLi !

LA FRAXÇAISK.

O Femme aux cheveux blonds, me crois-cu donc si veuleJ^ Et connais-tu l'éclair qui passe dans mes yeux }

l'allemande.

O Femme aux cheveux bruns, mes bras sont déjà vieux. Mais hier ils levaient une pierre de meule !

la française.

En France, la vengeance est une vendetta , Un meurtre s'y transmet ainsi qu'un héritage !

l'allemande.

Eh bien, en Allemagne on en fait le partage, Mille sont endettés pour un qui s'endetta !

LA FRANÇAISE

o Femme, aux os d'airain, redoute ma morsure ! Les ciseaux de mes dents ont des secrets mortels !

l'allemande.

O Femme, aux nerfs d'acier, mes poings sont des martels ; Ils ont des coups affreux qui rendent la mort sûre !

LA FRANÇAISE

Sans doute un de ces coups par vos fils assénés ! — Laisse parler ton sang ! il t'a trahi, j'espère !

l'allhman'de.

Tes secrets, on les lit entre tes dents, vipère ! Les derniers-nés chez vous les tiennent des aînés !

LA FRANÇAISE

Ose dire à présent que par sa seule force Ton Fils n'a pas brisé cette tête du poing !

L'ALLEiMANDE.

Prouve-moi maintenant que ton enfant n'est point Celui qui par la ruse a transpercé ce torse !

LA FRAKÇArSE.

O doute ténébreux ! Insondable secret !

Qui vole à ma douleur jusques à ses blasphèmes !

l'allemande.

O justice qui laisse un crime sans arrêt ! Les morts n'ont devant toi d'autres témoins qu'eux-mêmes !

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