‹ Poèmes de la Révolution, 1789-1796Chapitre 39 sur 73 · DANTON A CAPOUE · texte numérisé non relu

DANTON A CAPOUE

\ A FRANCIS CHARMES

Vous ne seres jamais vùnca par la vertu de Tos ennemis. Usez de la TÔtre.

D'AdbiorS.

Près de ta Jeune femme étourdiment heureux, Tout émerveillé comme un enfant amoureux,

Ivre de la brise qui Joue, Charmé d'un rien qui chante ou qui vole, indécis, grand cœur de Danton, sous les saules d'Arcis,

Aurais-tu trouvé ta Capoue?

Aurais-tu donc, ô toi le fUs d'élection Qu'en naissant adopta la Révolution,

Toi l'indomptable et l'énergique.

Senti, comme une lente et mortelle torpeur, S'étendre sur tes sens bercés par la stupeur

L'allanguissement léthai^ique ?

DANTON* A OAPOUB. 855

Il fait si bon d'aller au loinj comme à vingt anSj De refaire à sa \ie un a^este printemps,

D'errer à travers la rosée;. ...

Près la meule odorante il est doux de s'asseoir, Plus doux de contempler les blancs troupeaux le soir

Près d'une nouvelle épousée.

le

C'est bien, Danton, poursuis ton rêve iddien; • • Donne cette saison d'amour virgilien' ' ■ •'.

A tes tendresse» frissoniïante»; ' Tandis que tu te perds en ce roîicoulement, La mitraillade en feu sévit impunément ;

La noyade dépetiple Nantes.

Sous les hideux couteaux qu'ils ont rendus sacrés, Lés Girondins sont morts et tu lés as pleures ;

Puis dans le regret tuf obstines ; De la France assiégée ainsi que Jéricho Partout se prolongeant jusqu'à toi vient l'écho

Sinistre et sourd des guillotines.

Et tu dors, ô Danton I Où sont tes grands projets 1 Ces jours récents, ces jours meilleurs, où tu songeais A l'œuvre d'un amour immense ?

â56 DANTON A CAPOUE.

OÙ le sublime espoir des Français déliés Du joug de la Terreur et réconciliés?

Où le Comité de Clémence?

Les Révolutions sont un terrain mouvant ; On n'y va d'un pied sûr et ferme qu'en avant :

En avant donc, tribun farouche Et tendre ! Jn te tais, tu ne trouves donc pas L'héroïque signal du vaste branlebas,

Le cri que mugissait ta bouche.

Ta poitrine n'a plus de ces clameurs, lion, Comme Achille pensif sous les murs d'Ilion

Qui pressentait sa fm prochaîne.

Pendant que les Français te disent: « Nous mourons! », Tu laisses résigné venir les bûcherons

Qui n'épargnent pas le grand chêne.

Danton eût sauvé tont le monde^ mûme Bobespierre, •

Gabat. [Mimoireê»)

Quand Robespierre, las des stériles furies Et du déchaînement sans fin des barbaries, Non moins exaspéré d'horreur et de dégoût Par THébertisme aussi fétide qu'un égoût, Comprit que le Duchêne avec ses turpitudes Pourrissait chaque jour le cœur des multitudes, Inquiet et cherchant avec qui s'allier.

Il tourna ses regards vers le vieux Gordelier Et désigna dans Tombre aux flèches de Camille Cette hydre aux cent replis qui pullule et fourmille. Camille fit son œuvre et les tyrans grossiers Qui ramenaient la plèbe aux instincts carnassiers A jamais transpercés par cette plume artiste, Succombèrent noyés dans leur fange hébertiste.

â56 DANTON A CAPOUE.

OÙ le sublime espoir des Français déliés Du Joug de la Terreur et réconciliés?

Où le Comité de Clémence?

Les Révolutions sont un terrain mouvant ; On n'y va d'un pied sûr et ferme qu'en avant :

En avant donc, tribun farouche Et tendre ! Jn te tais, tu ne trouves donc pas L'héroïque signal du vaste branlebas,

Le cri que mugissait ta bouche,

Ta poitrine n'a plus de ces clameurs, lion, Comme Achille pensif sous les murs d'Ilion

Qui pressentait sa fin prochaine.

Pendant que les Français te disent: « Nous mourons! » , Tu laisses résigné venir les bûcherons

Qui n'épargnent pas le grand chêne.

Danton eût sauvé tont le monde^ môme Bobespierre. ^

Gabat. [Mànoira»)

Quand Robespierre, las des stériles furies Et du déchaînement sans fin des barbaries, Non moins exaspéré d'horreur et de dégoût Par FHébertisme aussi fétide qu'un égoût, Comprit que le Duchêne avec ses turpitudes Pourrissait chaque jour le cœur des multitudes, Inquiet et cherchant avec qui s'allier.

Il tourna ses regards vers le vieux Gordelier Et désigna dans l'ombre aux flèches de Camille Cette hydre aux cent replis qui pullule et fourmille. Camille fit son œuvre et les tyrans grossiers Qui ramenaient la plèbe aux instincts carnassiers A jamais transpercés par cette plume artiste, Succombèrent noyés dans leur fange hébertiste.

Mais lorsque.Robespierre à peu de frais vainqueur, Grâce à ce vieil ami 'Desmoulins dont le cœur Battait pour lui depuis les heures du collège, Put de sang froid laisser se prendre dans un piège Cet être confiant qui Tavait tant aimé.

Le jeter en pâture au cachot affamé Et livrer, ouMietix des saisons anfantines, La tête fraternelle au fer des guillotines, Robespierre fut lâche et traître et meurtrier, Et rien, même la mer, ne saurait essuyer Aux lèvres de ce morne et fatal patriote La trace d'un nouveau baiser dlscariote.

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