GAITÉS LYONNAISES
Ils raviront le cœur d'Églé par leurs récits Et leurs propos badins sur ces vieillards occis Et sur ces vierges fustigées.
Qu'ils sont gais ! leur famille est bien heureuse. Ainsi Lyon n'a jamais vu de pareils sans-souci,
Au balcon doré des théâtres, Braquant sur le parterre un fusil clairvoyant, Poignardant leur voisin d'un air doux et riant ;
Que ces jeunes gens sont folâtres !
Momus a chacun d'eux pour élève et rival :
Aussi, pour mieux payer leur sanglant carnaval.
De bravos, de vivats, d'éloges.
On escorte à l'envi nos égorgeurs coquets.
Et la pluie odorante et molle des bouquets
Sur leur front ruisselle des loges.
Il faut que le lion sommeille en vérité, Pour laisser s'ébaudir la féroce gaîté
De ces échappés de ténèbres Cachés hier encor dans les lâches exils.
Singes qui vont jouant aux panthères, et vils
Histrions de farces funèbres.*
GAITES LYONNAISES. 323
Qu'il se réveille un jour, le lion montagnard, Et nos facétieux chevaliers du poignard,
Reconnaissant Fhôte des jungles, Tomberont écrasés la face à terre, avant Qu'il ait daigné sur eux, à peine se mouvant,
Abaisser ses terribles ongles.