LES COMPÀGNON'S DU SOLEIL
Les voilà tous, ceux de Gadagne, Ceux d'Eygalière et ceux d'Aubagne Dans la fraternité formidable du bagne;
Tous, au signal de Job Aymé, Fondant comme la grêle en Mai Sur le républicain stoîque et désarmé.
Et partout d'une main hardie Exécutant leur tragédie Avec le vol, avec le fer et l'incendie.
Qu'ils passent, légers sur le sol, D'un air insoucieux et fol, Ces chevaliers errants du meurtre et du viol;
Que ces paladins aveé joie, Pêcheurs ou tireuses de soie, Convoitent la dépouille opime de leur proie,
Et que, sous les peupliers blancs, Frissonnant d'horreur et tremblants.
Ils supportent leur or dans leurs doigts ruisselants ;
Que ces bruns héros en guenilles Saccagent les chastes familles, Et qu'au butin les plus rapaces soient les filles.
Oh I les belles, contemplez-les Jouant avec les pistolets.
Egrenant sur les tas de morts leurs chapelets ;
Jetant la boue à ceux qu'on hue.
Battant des mains à. ceux qu'on tue, Cœurs d'hyènes dans des poitrines de statue.
LA TBRREUR BLANCHE. 335
Dormez 1 et que TOtre appareil Meurtrier surgisse au réveil, Mais ne yous nommez pas Compagnons du Soleil.
Ames pour les ténèbres nées, Si vos prouesses effrénées Sous les feux du Midi vivent illuminées,
Pour vous que le crime conduit, C'est à regret qu'un soleil luit ; Vous êtes faits pour Tombre et voués à la nuit.
N'est-ce pas, grand astre sincère?
Tout oiseau sombre dont la serre
Est sanglante te fuit ainsi qu'un adversaire.
Mais les assassins sans détour
Affrontent ton rayon d'amour,
Conscience éclatante et sévère du jour !
336 l'A TERREUR BLANCHE.