LES « MIROIRS » CREVÉS
L'enfant a voulu voir, le cruel curieux,
Cigale, ce qui rend ton corps harmonieux;
Écolier de la vie, il ne sait pas encore
Qu'il faut écouter Pan, l'immense dieu sonore,
L'aimer, sans trop vouloir lui ravir ses secrets,
Et qu'en apprenant tout on apprend les regrets.
Que fait-il? Soulevant d'une main sacrilège
Le double bouclier d'or bruni qui protège,
Sur ton ventre, tes deux tambourins lumineux,
Il aperçoit tes fins « miroirs » ayant en eux
Les sept couleurs du prisme, image de la gamme.
Ayant vu l'instrument, il en voudrait voir l'âme.
Qu'y a-t-il sous l'éclat de ces vitres d'argent,
Sous ces lames d'azur où brille un feu changeant,
Et profondes pourtant comme sont des prunelles?
Quoi!... tu poses, enfant, ton brin de jonc sur elles?
C'en est fait: les miroirs sont crevés! qu'apprends-tu?
Le prisme s'est éteint ; le poète s'est tu.
LES CIGALES
Notre lemps te dédaigne, ô cigale que j'aime. Et pourtant ta chanson est bien toujours la même; Elle n'est pas moins noble et pure qu'autrefois. Or, quelqu'un a changé, de l'homme ou de ta voix : C'est donc l'homme ; il faut bien que mon cœur s'y résigne. La mer bleue et le ciel, les oliviers, la vigne, Le dieu Pan, sont toujours les mêmes; l'homme, non, Si lu veux l'éprouver, change un moment de nom, Et sous l'ombrage frais de nos places publiques Viens, rapsode divin, chéri des temps antiques. Viens, être harmonieux, dans nos bourgs, nos cités, Nous redire, en des chants autrefois respectés, Ulysse, Troie en llamme, et la Grèce la mère, El vois si l'on t'écoule. Ame du vieil Homère!
IMITIÎ DE MABCUS ARGÈNTAftHJS
Myro, pour sa cigale, a construit ce tombeau. Des larmes ont baigné son visage si beau, Quand Pluton appela sa cigale chérie.
En rameaux de bruyère et de sauge lleurie,' Un bûcher fut dressé par elle avec amour; Tous ses jeunes amis sanglotaient alentour, Et sur ce que la llamme a laissé de poussière Ils ont jeté des fleurs de sauge et de bruyère.
LES CIGALES
Quand Thyrsis eut chanta, — Thyrsis dans Théocrito, — Pour conquérir la coupe avec tant d'art décrite; Quand il cul dit. Dàptiriis aux yeux t'-loints d'amour. Oublieux des troupeaux, languissant tout le jour,
Et Cypris lui criant, railleuse : « Éfos te dompte! » Quand il eut dit Daphnis vaincu, pâle de honte, Murmurant aux vallons, au fleuve, aux monts, aux bois, A Pan, ses doux regrets, de sa plus douce voix, Et conjurant ce dieu d'être à son vœu facile. Et d'accourir (du haut, du Ménale), en Sicile, Car il lui lègue, avant de fuir le jour du ciel, Sa syrinx, où la cire a mis l'odeur du miel:
Quand Thyrsis eut pleuré Daphnis, le berger tendre Que les nymphes jamais ne doivent plus entendre, Les nymphes qui l'aimaient et qui voient son beau corps Ptouler dans le courant et s'éloigner des bords; Quand Thyrsis eut chaulé, — Thyrsis dansThe'ocrile, — En lui donnant la coupe avec tant d'art décrite,
POÈMES DE PKOVENCE
Le chevrier lui dit : « Le prix est à loi; prends;
« Prends ma coupe sculptée, aux reliefs odorants ;
« Je ne l'ai pas touchée encore de ma lèvre;
« De plus, trais Kissètha, ma plus féconde chèvre :
« Et puis, je te souhaite, avec du miel doré
« Pour en emplir ta bouche adorable à ton pré,
« La figue d'Aigilos que nulle antre n'égalei
'( Car toi, In chaules mieux, Thyrsis, ijue la cicale! »
LES CIGALES
SUR I A Clf.ALE