A MA MI.LK NATALE A TOILO.N CES VBBS SONT DÉDIÉS J. A
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PIERRE PUGET
PIERRE PUGET
C'est non loin de Marseille, au bord des flols qui font D'étranges bas-reliefs dans le rocher profond, A Séon, sur un sol riche de terre glaise Durcissante au soleil et rouge comme braise, Que d'un tailleur de pierre est né le grand Puget.
Enfant, il contemplait le rivage, et songeait. Il regardait, ravi, les potiers sur leur roue Former du doigt un vase avec un peu de boue, Et son père tailler le bloc informe et dur, Et les galères d'or cinglant en plein azur, Errantes de Toscane aux plages de Marseille, Baigner leurs flancs, sculptés dans l'écume vermeille. Enfant, il façonnait l'argile dans ses jeux.
Un aigle volant bas, par un temps orageux, Ayant un jour plané menaçant sur sa tête,
PIERRE PUGET
-Il modela, dit-on, cet oiseau de tempête.
Un autre jour, il fit un bateau, qu'il sculpta. Ainsi, même en sis jeux son génie éclata, El devers l'Italie, où le soleil se lève, Les galères souvent remportèrent en rêve.
Jusqu'à ce qu'il suivît leur sillage brillant, Chemin de gloire et d'or vers l'aurore fuyant.
Il partit. Il vil Cène; il vil Florence et Rome.
Que t'a dit Michel-Ange à Saint-Pierre, ô jeune homme? — Ouvrier qu'un divin souci déjà rongeait, Jeune homme qui devais être un jour le Puget, Voici ce que l'a dit Mirhel-Ange à Saint-Pierre : « Comme ton père et moi, fils, sois tailleur de pierre ! o
Soit. Mais ce que lui dit la mer aux vastes eaux
Où plongeait l'éclatant éperon des vaisseaux.
Il ne l'oublia pas non plus, l'enfant sauvage
Oui passait tout un jour, couché sur le rivage.
L'oeil fixé sur les Ilots pleins des feux de soleil.
Michel-Ange et la mer lui portèrent conseil,
Et firent la grandeur de son génie étrange.
Car ces maîtres sont grands : la mer et Michel-Ange!
PIEHIIE PUGKT
Or, il fut peintre aussi. Mais le brutal regret Du marbre, en ses tableaux, se lit à chaque trait. Il regrette les blocs, bois ou pierre, qu'on taille, Et. ce rêve obsesseur suit la main qui travaille. Bientôt donc dans le bois de chêne, avec amour Il fouille l'ornement et les panneaux à jour; Tout à coup il s'échauffe; il sent celte, matière Obéir à ses doigts faits pour dompter la pierre; Il imagine, il veut ; et les bois assouplis Deviennent la fleur frêle ou l'étoffe aux longs plis...
Et le voici sculptant à son tour ces galères
Qu'il fait lourdes d'un monde et qui restent légères ;
Par groupes, sur leurs flancs dorés et radieux,
Sa main d'homme suspend tout un peuple de dieux,
Tritons qui, pour souffler dans les conques marines.
Gonflent leurs cous nerveux et leurs larges poitrines,
Sirènes aux seins nus qui nagent en chantant,
Chevaux marins cabrés dans le flot miroitant
Sous le trident royal de Neptune qui gronde,
El là-haut, par-dessus ce peuple fait pour l'onde,
PIERRE PUGET
Entre les fins balcons à l'arrière étages, Des déesses tendant de leurs bras allongés Vers l'immense horizon, Chimères ou Victoires, Leurs clairons d'or jetant des bruits qui sont des gloires !
Mai* ce bois ouvragé, combien durera-l-il'.' Tout pour lui, l'eau, le vent, le feu, tout est péril; Et maintenant Puget, qui songp ?i la tPmpête, Est plein d'ennuis, ainsi qu'un sage après la fête!
Allons, maître, prends-moi des moellons, du ciment! Car un mur bien bâti dure éternellement!
Tu dois fonder avec de la chaux et du sable, Et surtout employer la pierre impérissable.
La mer t'avait menti! Michel-Ange a raison!
Ouvrier, fais des plans, construis une maison; Bien.... Décore à loisir la façade.... A merveille ! Travaille; fais plus belle et plus grande Marseille, Fais ; ajoute une ville à l'ancienne cité, Et dresse sur le roc ton immortalité !
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PIERrtE PUGET
Or, à Toulon, un jour, sous un soleil atliijtic,
Bâtissant un balcon au-dessus d'un portique,
En face de la rade, au midi, sur le quai,
Juste à ce point plus large où le blé débarqué
S'entasse, se mesure et s'emporte à dos d'homme,
— Sous leurs sacs, laits plutôt pour des bêles de somme,
Comme les portefaix, reins courbes, douloureux.
Soutenaient le sac lourd d'une main, derrière eux,
Et de l'autre faisaient de l'ombre sur leur face
Que les rayons aigus forçaient à la grimace,
Maître Pugel les vit; et bientôt, sous sa main.
Les appuis du balcon prirent un air humain;
Lu pierre aussi souffrit, criant : Qu'on nie délivre!
Sous les doigts du Pugel elle se prit à vivre,
Et depuis lors on voit, sous le balcon massif,
Les lianes plissés, les bras tordus, le front passif,
Subissant la nuit froide et les midis torrides,
Sublimes portefaix, les deux Cariatides!
PIERRE PUGET
Venez le voir, J'artiste au teint jaune : nerveux, En sueur, et le Iront couvert de ses cheveux, Puget, maillet en main, façonne un bloc énorme Oui lentement s'ébauche et par degrés prend forme. Tout couvert de sueur, il frappe, et l'on entend Ce bûcheron pousser un soupir haletant....
Le bloc tremble, et déjà l'on voit lame du marbre!
Milon, devenu vieux, voulut fendre un tronc d'arbre; Le tronc, qu'il entrouvrit, se ferma sur ses doigls... Un lion vint manger l'athlète au fond des bois.
C'est ce groupe d'horreur que Puget cherche et taille ; Voyez-le, ce Milon, dont le torse tressaille: Ah! le pauvre homme fort!... Voyez ce bras tendu Qui souilre, pris dans l'arbre, et cet œil éperdu, Cette face hurlante et vers le ciel tournée, Tandis que le lion, bête fauve acharnée, Debout derrière l'homme avec des jeux ardents, A planté dans la chair ses grilles et ses dents !
l'IEBRK PUGEÏ
Oh! voyez sous la gueule et sous la grille affreuse, Comme la chair meurtrie eu frémissant se creuse, Et toute la souffrance éparse dans ce corps Courir jusqu'à l'orteil qui se crispe d'efforts!
C'est là ce que Puget a sculpté. C'est ce drame.
Pourquoi'? C'est que Milon et Puget n'ont qu'une ànie;
Vieux colosse, dompteur des marbres, le Puget
S'est arrêté souvent, vaincu dans un projet;
La pierre disait: « Non! » comme l'arbre à l'athlète;
L'impuissance crispait sa main, troublait sa tète,
Et tandis qu'il criait en vain vers l'Idéal,
sphinx plus effrayant que le lion royal,
Il a senti tes dents le couvrir de morsures.
Kl la griffe, mouvante au fond de ses blessures,
Multiplier en lui des angoisses sans lin.
grand Art dévorant, Monstre ayanl toujours l'aiml