LE MISTRAL
Ce vent, qui jette aux flots les galets de la grève, Pour sortir de son outre avec de longs cris sourds, Brusquement, sans attendre aucun ordre, la crève!
Lors il souffle par trois, par six et par neuf jours, Car Trois étant sacré pour les dieux et les mondes, Sur ce nombre divin il a réglé son cours.
Le voici! le voici, ce laboureur des ondes!
11 fond sur Avignon où le Rhône brutal S'oublie et rêve autour de ses îles fécondes.
Or, le Rhône, surpris par le fouet du Mistral Qui tourmente ses flancs et qui tord sa crinière. Écume et tout à coup part comme un bon cheval,
POEMES DE PROVENCE Ou bien comme un taureau quand siffle la lanière Que lui lance en criant le bouvier camarguais... Puis tous deux au galop s'en vont sous la lumière.
Hourrah' car il est fort, le vieux Rhône français; Jusqu'à la mer d'un grand élan depuis sa source U va toujours chantant sans se plaindre jamais!
Hourrah ! car le Mistral le fatigue à la course, Le Mistral qui, rompant les chênes dans nos bois, Fait aux mains de la Nuit vaciller la grande Ourse.
Le fier Mistral peut seul te réduire aux abois,
Père de nos cités gauloises, fleuve libre,
Mais sois sans honte, Ô fleuve, il est aussi gaulois!
fleuve, nous t'avons comme Rome eut le Tibre, Mais le Mistral au monde est un roi sans pareil. Pour qui la vaste mer comme une lyre vibre !
Il vient, et ses clameurs font nos nuits sans sommeil Mais il est le vent sain qui chasse les nuées Et mêle à l'ouragan les gaîtés du soleil.