LA SAINTE-BAUME
Comment tous les chemins ramènent dans su voie;
Que Magdeleine était une fille de joie
Fort belle, et que Jésus toucha du doigt son Iront.
Ce dont les Taux docteurs lui voulaient faire affront;
Ce front touché du doigt porte encore une marque;
Puis, Jésus mOrt, les Juifs mirent dans une barque
La Magdeleine en pleurs abandonnée aux Ilots;
Mais Dieu la dirigea mieux que des matelots;
Elle vint en Provence, et vécut dans la Baume,
Solitaire, aspirant à l'éternel royaume.
Vivant d'herbe et d'eau pure, amoureuse de Dieu.
Et sur le saint Pilon, le plus haut point du lieu,
Des anges la portaient sur leurs bras dans l'espace,
Pour (pie plus près du ciel la sainte rendit grâce,
El telle on la voyait des [dus lointains vallons
Nue et s'enveloppant de ses beaux cheveux blonds....
II est certain qu'on voit du haut de celte cime
La forêt à ses pieds, la nier, tout un abîme ».
L'ânière ayant parlé, frappe l'âne songeur;
Un alleinl un plateau; mais l'esprit voyageur
Devance les pieds lourds et déjà se recueille
Dans ce bois, loin encur, dont tremble chaque feuille.
La grotte, large et noire ouverture, apparaît
Dans le mont de granit, par-dessus la forêt
Qui monte jusqu'au seuil en pente de verdure.
bois ! ô vieil enfant de la vieille nature, Comme tes ils sont tiers! Comme ils bravent le vent, Tes ils noirs que la foudre a fracassés souvent! Tes arbres, peupliers, chênes, aulnes, érables, Micocouliers, sont tous des aïeux vénérables Qui se dressent encor vaillants quoique meurtris; Le rude vent du Nord qui les frappe à grands cris Sait qu'on ne les tord pas comme les joncs des plages. Quoique leurs cœurs rongés ne disent plus leurs âges...
vieux magicien, ô Faust! n'est-ce pas là Le lieu même où l'antique Hélène te parla'.' Là, l'aile de l'amour sauvage nous effleure, L'arbre auguste soupire et la caverne pleure; Qui désires-tu donc, source, éternellement?
Mais la grande forêt est son propre tourment, Et ne désire qu'être attentive à son rêve :
L'arbre aime l'eau, l'eau l'arbre; et la forêt en sève, Dans l'ordre des saisons, recommence ■toujours Vu cercle indéfini de nouvelles amours.
Et c'est pourquoi le monde antique l'eût peuplée De chèvre-pieds furtifs, vaste forêt troublée, Et tes pâtres, le soir, soufflant dans les pipeaux, Auraient vu se mêler aux boucs de leurs troupeaux
LA SAINTE-BAUME 7r>
Le satyre épiant les jeunes nymphes nues;
Mais aujourd'hui, forêt que traversent des nues,
Dans tes caprifiguiers, tes genêts et tes houx,
Sous ton ombre où le chant des nids semble plus doux.
Parmi tes rocs vêtus de sombres hépatiques,
Nous croyons voir, rêveurs, attristés et mystiques.
Errer dans le mystère, ô grand bois embaumé,
La Magdeleine en pleurs pour avoir trop aimé I
POÈMES DE PUOVENCE