LES CANISSES
Cependant, sous l'éclat du rayon qui les baise,
Les « canisses », penchant du côlé du midi, Attirent le frelon paresseux et hardi, Et la mouche d'azur aux reflets d'emeraude.
Et l'abeille sacrée, insectes en maraude Qui s'invitent aux fruits qu'offrent ces tables d'or. Tout autour l'air léger vibre de leur essor El murmure, frappé par mille ailes de gaze.
Les uns se sont posés sur les fruits, en extase. Et leurs quatre ailerons frémissent de plaisir; (•'autres dansent en cercle, et l'on croirait ouïr Un ballet de lutins, en plein jour fantastique, Où comme un galoubet bruit le fin moustique.
Et comme un tambourin le gros bourdon vermeil, Orchestre qui se tait lorsque meurt le soleil.
LA MOUSTOUIRE
« Holà, voisin! ma vigne est mûre; qu'on se prèle : Aidez-nous, el demain, notre vendange faite, Nous irons vous aider de même à notre tour. »
C'est pourquoi le eoteau, dès la pointe du jour, Est plein d'éclats de rire et de chansons alertes; Cachés jusqu'à mi-corps parmi les vignes vertes, En groupes espacés, on voit les paysans»
Se courber pour cueillir la grappe aux grains luisants. Les lilles, qu'on lutine, ont la réplique franche; Leur court jupon rayé, gros de plis sur la hanche, Montre la fermeté de leur jambe, et vos veux Sont brillants de plaisir, ô travailleurs joyeux.... La serpe va et vient. Parfois l'un d'eux se dresse, Appelle, et dans sa main, prétexte à la paresse, On admire un moment, lourde et pareille à l'or, Une grappe où le pampre en festons tremble encor, Fruit rare et mieux venu qui se garde ou qu'on mange.
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LA MOUSTOUIRK 8S
Tout courbés siius le poids des mannes du vendange, Les porteurs, leur coussin à l'épaule, là-bas, Gagnent avec lenlcur, car voici qu'ils sont las, La cuve où des enfants dansent, les jambes nues, Sur le flot de raisin^ épanché de- cornues.
La serpe va cl vient. L'année esl bonne : on rit. Le soleil l'ait le vin. qui fait content l'esprit : Merci, soleil ! On chante, on s'appelle, on babille.
Cependant derrière elle une oublieuse lille
Laisse un beau grappillon que, sous le pampre vert,
Un galant aux aguets a bientôt découvert.
« La moustouire! » dit-il, car la fille est jolie :
Il doit, ayant coupé la grappe qu'elle oublie.
L'en barbouiller d'abord pour l'embrasser après.
Déjà la fille court, mais il la suit de près,
La saisit par la robe et la belle s'arrête ;
Dans ses bras repliés elle a caché sa tète.
Il la prend par la taille; elle veut de sa main
Ouvrir les doigls pressants du garçon, mais en vain.
Son beau corps prisonnier se lord, se glisse et ploie,
F.l le jeune homme ardent qui palpite de joie
Attire près du sien le visage charmant,
Et, changeant en plaisir le juste châtiment,
Laissant à ses pieds choir la grappe redoutée, N'inflige qu'à demi la peine méritée.
vendange! ô baisers! sur son visage pur S'il avait fait jaillir le jus du rnisin mûr. Vraiment la belle enfant ne serait pas plus rose!
I.;i serpe va et vient. On chante, on rit, on cause.... « On ne m'y prendra plus, » dit la belle en rêvant. Mais n'importe, elle t'aime, ô jeune homme, et souvent. Troublée au souvenir des baisers de ta bouche, Elle oublie à dessein des grappes à la souche.
LA FLOURETTE
LA FLOURETTE
La grappe belle et mûre et virginale encorp.
Que baisenl seulement la rosée el l'aurore, Garde sur sa peau rose un voile frnis et blanc Aux vapeurs d'un miroir qu'on ternit ressemblant. Pour délicatement qu'on le cueille ou le touebe, Dès qu'il est effleuré du doigt ou de la bouche, Le fruit pâle, soudain redevenu vermeil, Réfléchit tout l'éclat magique du soleil.
C'est ainsi que l'amour fait la splendeur de l'âme, KL le premier baiser de la vierge une. femme.
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