A VIRGILE
précurseur naïf et doux de l'Évangile,
Poète aimant, vieux maître immortel, o Virgile,
J'étais encore enfant quand sous le ciel du Nord
J'ai respiré la brume et les brouillards de mort ;
L'école m'enfermait, triste comme une cage,
Et, dans mon jeune exil, fiévreux et sans courage,
Ouvrant tout grands mes yeux, étonné de souffrir,'
D'un regret de soleil je me sentis mourir.
Pourtant dès qu'on eut mis entre mes mains ton livre,
Consolé pour tin jour, je me pris à revivre.
Car j'avais reconnu le natal horizon,
Les figuiers décorant le seuil de la maison,
L'ail odorant broyé, pour nos tables frugales,
Les pins au grand soleil résonnant de cigales,
Les raisins mûrs, les fruits dorés de l'oranger
Le vif chevreau que suit du regard le berger
Couché dans l'antre frais d'où sa paresse veille.