‹ Poèmes de ProvenceChapitre 51 sur 103 · IDYLLE · texte numérisé non relu

IDYLLE

Lorsque mai va finir, quand juin brillant s'avance.

Il faut voir les troupeaux de la basse Provence,

Redoutant la saison où sèchent les ruisseaux,

Où la plaine déserte apparaîtra sans eaux

Et jaune de soleil et d'herbes desséchées;

Il faut voir s'en aller au loin, tètes penchées,

Nos longs troupeaux gagnant les pacages alpins.

Autour d'eux, recouvrant les vignes et les pins,

Sous leurs dix mille pieds, dans la chaude lumière,

Monte en nuage blanc une lente poussière.

Ils vont, et quand parfois un mouton plus gourmand

Broute la haie, ou bien l'admire seulement,

Un chien actif, au poil rude, aussitôt le presse,

Et le mouton reprend sa marche avec paresse.

Sur les flancs du troupeau plus d'un chien jappe et court,

Et tous les pieds fourchus font un roulement sourd.

Le troupeau suit un chef, vieux comme un patriarche,

Orné d'une sonnaille, et qui montre la marche;

IDYLLK

Ce bélier, qu'épargna le boucher, doit savoir

Sans doute où le troupeau doit s'arrêter le soir,

Et qu'il gagne un pays humide où l'herbe est tendre;

Du moins il va bon train, ayant l'air de comprendre.

Tous passent à longs flots, roulant, se soulevant ;

L'un sur l'autre portés, ils vont, fleuve vivant,

Et le regard sans fin suit les courbes des têtes

Et le dos onduleux de ce peuple de bêtes.

Les agneaux hésitants sont derrière, plus loin ;

Un des pâtres demeure, afin d'en prendre soin.

Or, entre deux troupeaux cheminent les ànesses,

Les ânes, les ânons, et, dessus, les jeunesses,

Les filles des bergers, assises, pieds pendants.

Leur beau rire résonne et découvre leurs dents :

L'une d'elles parfois allaite un enfant rose

Oui, sur l'àne bercé, rit, la paupière close;

Parfois, l'âne voisin porte dans ses paniers

Les agneaux las, ou ceux qui sont nés les derniers.

Vienne le soir, qui fait la montagne bleuâtre :

Près des filles chemine un jeune homnîe, un beau pâtre

Qui redit en riant les bons mots des anciens.

On cause. Les bergers s'en remettent aux chiens,

Et les hameaux, la nuit, comprennent leur approche

A cU:s bruits de grelots sonnant de roch 3 en roche,

Ou bien à l'air plaintif et doux que l'un d'entre eux

Tire, tout en marchant, d'un simple roseau creux.

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