‹ Poèmes de ProvenceChapitre 53 sur 103 · LES MAGNANARELLES · texte numérisé non relu

LES MAGNANARELLES

L'aube met des brillants dans le sable des grèves: Le vent passe, apportant la bonne odeur des fèves; Tout reliait, et secoue en chantant le sommeil, Dès que le coq sonore annonce le soleil.

Les mûriers, effeuillés par les magnanarelles, Semblent pleins de gaîtés d'oiseaux et de bruits d'ailes, Car c'est le mois où l'on effeuille les mûriers, Et vous avez déjà gonflé vos tabliers.

Jeunes filles, depuis que l'aurore est parue

Oh! le premier rayon du jour dans cette rue,

Y\ songeons pas. Je pense à mon pays lointain,

A ces mûriers emplis de chants dès le malin,

Et de rires perlés dont l'écho se réveille :

<>b! dans les mûriers verts, les baisers de Mireille!

Oh ! dans les rameaux creux les nids d'oiseaux surpris ! . . .

Mais je reviens toujours aux trottoirs de Paris,

A ces femmes traînant de la soie autour d'elles....

« Chantez en effeuillant", chantez, magnanarelles,

Car la cueillette invite aux chansons! m Et je crois

Voir les tiges glisser tout du long en vos doigts

Une à une, laissant leurs feuilles au passage.

Chantez en effeuillant! chantez dans le feuillage!

Mais, fillettes, pour qui travaillez-vous ainsi?

— « Pour le niagnan. — Et toi, niagnan toujours transi?

— Pour moi. — Mais on le prend les fils d'or que tu files; Pour qui les lisses-tu, loi, canut? — Pour les villes.

— Villes, t|u*en faites-vous? — « Des robes de gala,

Et nos filles parfois se vendent pour cela,

Pour traîner et llétrir de la soie autour d'elles.... »

Chantez en effeuillant ! chantez, magnaiiarelles !

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