BE.NEDICTION DU FEB
L'hiver rapproche autour du foyer la famille.
Voici Noël. Voici la huche qui pétille;
Le « carignié », vieux tronc énorme d'olivier
Conservé pour ce jour, flambe au fond du foyer.
Ce soir, le « gros souper » sera bon, quoique maigre.
On ne servira pas l'anchois rouge au vinaigre,
Non, mais on mangera ce soir avec gaîté
La morue au vin cuit et le nougat lacté,
Oranges, raisins secs, marrons et figues sèches.
Dans un coin les enfants se construisent des crèches,
Théâtres où l'on met des pierres pour décor
Et de la mousse prise aux vieux murs, puis eneor
Des arbres faits d'un brin de sauge; et sur ces cimes,
Le long des fins sentiers côtoyant ces abîmes,
Des pâtres et des rois se hâtent vers le lieu
Où vagit, entre l'âne et le bœuf, l'Enfant-Dicu.
Lorsque naquit en lui la Parole nouvelle,
Le blé vert égayait la terre maternelle.
Or, dès la Sainte-Barbe, on fait (semé dans l'eau)
Lever pour la Noël un peu de blé nouveau :
Sur des plats blancs on voit, humble, verdir cette herbe,
Gage mystérieux de la future gerbe,
Oui dit : « Aimez. Croyez. Noël ! Voici Noël !
« Je suis le pain d'amour et l'espoir éternel. »
Si l'on fut séparé des siens toute l'année, Chacun du champ lointain, de la ville éloignée, Arrive, à la Noël, pour revoir les parents, Les anciens, les petits qu'on retrouve plus grands; Pour boire le muscat dont l'odeur donne envie; Pour causer tous ensemble et se conter sa vie, Pour montrer qu'on n'est pas des ingrats oublieux Capables de laisser tout seuls mourir les vieux.
« A table ! » — L'on accourt. La sauce aux câpres fume ; Le nougat luit... ; mais c'est une vieille coutume Qu'avant de s'attabler on bénisse le feu.
La flamme rose et blanche où passe un reflet bleu