NUITS D ETE
Alors, j'ai dans la nuit tendu mes bras ouverts; Vous qui laites s'ouvrir nies bras, vents, mer, espace, Que ne m'ouvrez-vous ceux de la vierge qui passe, Et pourquoi suis-je seul parmi les sentiers verts?
U souffles, qui poussez vers nous de lentes voiles. Quel baiser l'ait frémir leur sillage lacté'.' Vaste azur frissonnant et tout pâle d'étoiles, Pourquoi cette pâleur des molles nuits d'été?
Aux souffles du Midi, je sens mieux ma jeunesse; Mais d'où m'apportent-ils le soupir qui m'oppresse, l-'ainour dont je pâlis dans l'ombre et dont je meurs? Et de quel bois de pins ardents, de lauriers-roses, Et de grands aloès dont les fleurs sont écloses, Apportent-ils en moi les lointaines rumeurs?
J'ai pris ce charme errant pour un divin breuvage, Et je me suis senti défaillir et pâmer; Mais dans ce vent, chéri des palmiers du rivage, Je n'ai pas bu l'amour, j'ai bu la soif d'aimer.
C'est que le vent d'été berce dans la nuit brève Les parfums alanguis des bois et de la grève;
Il porte la semence à l'arbre maternel; Il prend les mots d'amour murmurés par les femmes, Le bruit des longs baisers et les caresses d'àmes, Et l'on respire en lui l'amour universel.
Heureux alors l'amant qui sent, près de l'amante, Frémir l'âme du monde en lui baisant les yeux ! L'amour universel n'a rien qui le tourmente : 11 possède vraiment tout l'infini des cieux.
DANS LE GOLFE
DANS LE GOLFE
La nuit tranquille avait des chuchotements faibles,
Sortant des tamarins, des myrtes, des hièbles,
Souilles d'oiseaux dormant parmi les rameaux verts,
Ou bruit doux des bourgeons tout à coup entr'ouverts;
Cela se mariait au rythme sur la grève
De la mer qui respire en dormant et qui rêve.
La vie étant partout, nul silence complet.
Sous l'haleine des nuits comme l'arbre tremblait,
Ainsi je frémissais au moindre soupir d'elle.
Des phalènes errants frôlaient parfois de l'aile
Ses cheveux d'un bleu noir comme l'azur des nuits.
Des parfums languissants se berçaient dans les bruits.
Une planche était là, fragile promontoire
En suspens au-dessus de l'eau bleuâtre et noire,
Pont sans issue au bout duquel était lié,
Sans gouvernail ni rame, un bateau, fin voilier.
« Ne fuyons pas au gré du vent, comme nos âmes « Qui naviguent au loin sans gouvernail ni rames, « Dans de grandes douleurs sans fond comme les mers, « Dit-elle: gardons-nous des (lots, mfinteurs amers. » V -■ *-' « » ' «*■
Sous l'horizon pâli se devinait la lune.
Nous étions au-dessus de l'eau moirée et brune,
Les pieds pendants, assis sur la planche, rêvant.
Nous sentions s'en aller nos désirs dans le vent
Qui nous faisait un lent message de caresses
Et qui nous chuchotait nos plus vagues tendresses.
« Vent, livre-lui l'odeur chère de mes cheveux;
« Je te donne, vent pur, mes plus secrets aveux ;
« A son cœur attentif portes-en quelque chose,
« Songeait-elle,... dis-lui tout ce que moi je n'ose! »
Et je pensais : « vent, tu viens de te poser « Sur ses lèvres avec la tiédeur d'un baiser : « Invisible lien, tu réunis nos bouches, « Souffle léger, ô vent heureux puisque tu touches « Ses lèvres, où frémit la pudeur de l'aveu! »
Tels nous rêvions, tremblants, sous le sombre ciel bleu. Au flanc sourd du bateau sans gouvernail ni rames, Onduleuse, la mer brisait en lentes lames.
DANS LE GOLFE
Nous regardions les flols flexibles et polis
Qui berçaient le bateau dans un calme roulis.
Tels nous sentions la paix et le trouble du monde :
A nos pieds, le remous insensible de l'onde ;
Mais là-bas, grande mer, sous le vent incertam, - -f
Tes plaintes d'âme autour de quelque écueil lointain!