VITA BREVIS
Crois-moi, suis mon conseil, ô bel adolescent Dont le premier amour fait bouillonner le sang. Quand tu l'auras longtemps priée et quand la belle A tes vœux pour toujours s'affirmera rebelle, Va-t'en, fais un effort et va chercher ailleurs Un but à tes de'sirs, une fin à tes pleurs.
Quelque autre te plairaj cherche mieux; à ton âge On aime une âme pure, on aime un beau visage, Et l'on aime surtout, bel enfant, d'être aimé.„ Ainsi, ne reste pas dans tes larmes pâmé; Sans compter que ta fuite, en la rendant jalouse, Peut vaincre la méchante et t'en faire une épouse. Ne laisse pas périr ton beau corps sans amour, Jeune homme, l'heure passe et la vie est un jour.
l'ame du blé
Tel l'insecte devient jaune et blond, puis pareil
Aux épis roux et chauds pénétrés de soleil ;
Le feu vivifiant affermit son corps frêle,
Et, donnant leur vigueur aux nervures de l'aile
Qui deviennent d'un noir intense de velours,
Tend la membrane molle et fine des tambours
Qui trembleront bientôt de notes musicales,
Et que nos bruns enfants, tourmenteurs de cigales,
Sous les écailles d'or du ventre, savent voir
Luire en elles, polis comme un double miroir.
mystère charmant surpris sous vos écailles !
Nul n'a vu votre sang en vous ni vos entrailles, Cigales ; vous n'avez rien en vous de caché, Rien que votre instrument à vous-même attaché! Vous n'êtes qu'une voix, qu'une chanson vivante; Et lorsque la moisson, par le mistral mouvante, Comme notre mer blonde ondule sous l'azur.
Alors, mûres aussi, vous, âmes du blé mûr, Pareilles aux épis, brûlantes et dorées, Vous chantez la lumière et les moissons sacrées!... Silence! près de nous la cigale a chanté; Elle est là, sur ce pin jaunissant de l'été; Voyez : elle s'écoute, heureuse; elle travaille, Puisque de ses longs cris tout son être tressaille ; En extase, attentive, elle ne nous voit pas;
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Mais tout à coup, ayant entendu notre pas, Elle nous a compris, et, par instants muette, A s'enfuir brusquement, furtive, elle s'apprête.... Nous la gênons; elle aime à chanter sans témoin; Et, — quand elle se tait, r- on peut ouïr au loin, Bruit qui monte et s'abaisse en strophes inégales,' Le tronc rugueux des pins résonner de cigales.
C'est la maturité des blés qui chante ainsi.
L'épi, sous les rayons incandescents roussi,
Froissant l'épi voisin, craque, et la moisson mure,
Ne pouvant pas chanter sa gaîté, la murmure,
Et ravive, adoucit et renfle tour à tour
Son bruit que la cigale imite tout le jour,
Surtout à l'heure ardente où l'ombre bleue est tiède.
Où la mouche revient au dormeur qu'elle obsède,
Où le silence enfin plane avec le sommeil
Dans un vent doux et lourd tout chargé de soleil.
Un jour les blés criants tombent sous les faucilles :
Les cigales encor font éclater leurs trilles,
Et leurs cris déchirants répètent un adieu
A la chaleur du ciel étincelant et bleu....
Les moissonneurs lassés maudissent ces pleureuses....
Et plus tard, quand les champs sont livrés aux glaneuses,