‹ Poèmes de ProvenceChapitre 91 sur 103 · SONNET · texte numérisé non relu

SONNET

Tu nous as rapporte de Ion pays natal Ce oui nous manque iei, l'air, le jour et la flamme; Ton poème réchauffe et colore notre âme Comme un reflet brûlant d'azur oriental.

Tu nous montres, à nous qui la connaissons mal, Ta Méditerranée où la vague se pâme Sous un ciel triomphant dont la splendeur proclame Avec des clairons d'or les droits de l'Idéal !

Disciple harmonieux de l'antique cigale,

Je ne te saurai rendre aucune joie, égale

A la sereine ivresse où m'ont plongé tes ver:- ;

N'en fais que de pareils ou n'en fais jamais d'autres ; Plains et n'imite pas la tristesse des nôtres Où ne se sont mirés ni les cieux ni les mers.

SULLÏ-l'HUDIIOMHli,

Paris! S mars 187 i.

nu

LES CRIA LES

Puisque l'été pour moi c'est la Provence même,

Le jaune été dora mon livre ut mon poème,

Car, o Muses, les vers qui terminent sont ceux

Dont peul se souvenir le lecteur paresseux;

Et puisque dans l'été c'est midi, l'heure ardente,

Que j'aime, et qu'à midi la cigale stridente

Vibre plus que jamais dans les pins toujours verts,

C'est sa chanson qui doit emplir mes derniers vers,

Et je veux qu'en fermant mon livre, avec paresse,

Le lecteur ébloui se dise : « Est-ce la Grèce?

« Est-ce notre Provence où le ciel est si clair,

« Où l'azur est si bleu, reflété par la mer? »

Et je veux qu'en quittant mon livre, à son oreille,

Tout en clignant ses yeux qu'août brûlant ensoleille,

PSNfl

LES CIGALES

11 entende un grand bruit de cigales en chœur Chantant l'août provençal et le soleil vainqueur. Afin qu'à leurs chansons dont frémissent leurs ailes, Je ramène son aine aux choses éternelles.

LA CIGALE

' Je suis le noble insecte insouciant qui chante, ■ Au solstice d'été, dès l'aurore éclatante, Dans les pins odorants, mon chant toujours pareil Comme le cours égal des ans et du soleil.

De l'été rayonnant et chaud je suis le Verbe, Et quand, las d'entasser la gerbe sur la gerbe, Les moissonneurs, couchés sous l'ombrage attiédi, Dorment en haletant des ardeurs de midi, Alors, plus que jamais, je dis, joyeuse et libre, La strophe à double écho dont tout mon être vibre, Et tandis que plus rien ne bouge aux alentours, Je palpite et je lais résonner mes tambours; La lumière triomphe, et, dans la plaine entière, On n'entend que mon cri, gailé de la lumière.

LES CIGALES

Comme le papillon, je puise au cœur des (leurs

L'eau pure qu'y laissa tomber la huit en pleurs.

Je suis par le soleil tout-puissant animée,

Socrate m'écouta; Virgile m'a nommée.

Je suis l'insecte aimé du poète et des dieux:

L'ardent soleil se mire aux globes de mes yeux;

Mon ventre roux, poudreux comme un beau fruit, ressemble

A quelque fin clavier d'argent et d'or qui tremble;

Mes quatre ailes aux nerfs délicats laissent voir,

Transparentes, le clair duvet de mon dos noir,

Et, comme l'astre au front inspiré du poète,

Trois rubis enchâssés reluisent sur ma tête.

POEMES DE PHOVENCE

« Trois rubis enchâsses reluisent sur ma tète. »

Ainsi j'ai fait parler la cigale. — « poète!

« 11 faudra corriger ce vers, quoique charmant.

« Ces trois fleurons d'honneur sont trois yeux, simplement.

« L'insecte porte au front trois yeux supplémentaires. »

cigale sacrée. Lire plein de mystères,.

Quoi ! ce n'est point assez d'être un eorps idéal,

Un petit et léger instrument musical,

Où la vie abondante entre avec la lumière,

Un lin chef-d'œuvre ayant juste assez de matière

Pour que l'air à ton gré vibrant se change en sons !

Quoi ! ce n'est point assez, pour prix de tes chansons,

Que les dieux t'aient créé si semblable aux dieux même!

Il faut que les rubis qui font ton diadème,

L'astre triple étoilant Ion front, cigale d'or,

Il faut que ta parure eniin te serve encor

A voir mieux les forêts de pins, la mer féconde,

Le grand soleil, par qui tout a vie en ce inonde,

Et tu portes au front, cigale chère aux dieux,

l'n triangle de trois joyaux qui sont des yeux !

LES CIGALES

(J cigale, avant d'être harmonieuse ainsi

Kt do vibrer dans la lumière, Que faisais-tu? — « J'étais, dit-elle, un ver transi,

In germe on travail sous la terre.

« Pour que je puisse un jour mûrir au grand soleil,

La terre fécondait ma sève; Muette, je semblais dans un obscur sommei'i.

Mais la lumière était mon rêve.

k Sache espérer, ami, les splendeurs de l'été Tout l'hiver, quand la nuit est noire;

Sois sans cesse en travail dans ton obscurité Si tu veux mûrir pour la gloire ! »

A LA CIGALli

Homère a comparu le charme de ta voix,

Quand tu vibres posée au faîte des grands bois,

A l'éloquence auguste et pleine de sagesse

Des vieillards discourant entre eux ; toute la Grèce

T'aimait: Anacréon te dit semblable aux dieux.

Et Socrate et Platon trouvaient mélodieux,

Aux bords de l'Ilyssus et sous les lauriers-roses,

Tes chants, écho du bruit universel des choses.

Virgile en un beau vers fixa ton nombre d'or,

Et. le tendre Chénier modulait hier encor

Pour toi son Vers pareil au noble vers antique.

. ependant, citadin ou travailleur rustique,

Par les grands jours d'été, plus d'un dit aujourd'hui

Que ta voix monotone exhale un long ennui....

Cigale, plaignons-les. L'Hymette, à leurs oreilles,

LES CIGALES

Est plein d'un importun bourdonnement d'abeilles : Plaignons-les. Ils n'ont pas ce luth intérieur Qu'un soupir même anime et fait trembler au creur. Et jamais le seul bruit d'une voix cadencée N'éveillp en eux l'écho divin de la pensée.

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