LE JÉSUITE
Que saint Ignace vous protège, alors que viendront ces temps fortunés! Mais jusque-là,
BORIS GODOUNOFF.
cachez, tzarévitch, dans votre âme, les semences de la grâce divine. Un devoir plus élevé que le devoir terrestre nous ordonne quelquefois de fein.dre devant le monde impur. Les hommes jugent vos actions et vos paroles; mais Dieu seul connaît et voit vos intentions.
DMITRI
Amen ! — Holà!.,. (Entre un valet.) Annonce
que nous recevons. (Les portes s'ouvrent ; entrent une foule de Russes et de Polonais .) Compagnons, nous quittons demain Cracovie. Mnichek, je m’arrêterai trois jours chez toi, à Sambor; je sais que ton château hospitalier étale un noble faste, et qu’il est célèbre par sa jeune châtelaine; j’espère y voir Marina. Et vous, mes amis, Polonais et Russes, vous qui avez levé vos étendards fraternels contre l’ennemi commun, contre mon traître persécuteur, ô fils des Slaves, je mènerai bientôt vos terribles bataillons aux combats désirés; mais, parmi vous, j’aperçois de nouveaux visages.
GABRIEL POUCHKINE
Ces nouveaux venus demandent à ta grâce une épée et du service.
DM ITT! I.
Je suis heureux de vous voir, enfants. Venez à moi, amis. Mais dis-moi, Pouchkine, qui èst ce beau jeune homme?
GABRIEL POUCHKINE
J.e prince Kourbski ’.
dmitri.
C’est un nom retentissant. Es-tu de la famille du héros de Kazan?
KOURBSKI.
Je suis son fils.
DMITRI
Est-il encore vivant?
KOURBSKI.
Non, il est mort.
DMITRI
C’était un grand esprit, un homme pour la bataille et le conseil. Mais depuis le temps où, vengeur implacable de ses offenses, il a paru, avec les Lithuaniens, sous les murs de l’anti-
1. Fils de l’un des principaux personnages du règne d’Ivan le Terrible. Après avoir pris Kazan, il fut disgracié et mourut en exil.
BORIS GODOUNOFF.
que ville d’Olga', la renommée s’est tue sur son nom.
KOURBSKI.
Mon père a passé le reste de ses jours en Volhynie, dans les biens qu*Étienne Bathori lui avait donnés. Retiré, solitaire, c’est dans les sciences qu’il cherchait ses consolations, mais en vain; il se rappelait toujours la patrie de sa jeunesse, et il l’a regrettée jusqu’à la mort.
dmitri.
Chef malheureux, quel éclair a jeté le lever de sa vie orageuse et bruyante! Je suis ravi, noble chevalier, que son sang se réconcilie avec la patrie. Ne nous rappelons pas les fautes des pères; que la paix soit sur leurs tombeaux. Approche, Kourbski : ta main. — N’est-ce pas étrange? Le fils de Kourbski mène au trône.... qui? Oui, le fils d’Ivan. Tout est pour moi, les hommes et le destin. (Aun autre.) Toi, qui es-tu?
UN POLONAIS
Sobanski, gentilhomme libre.
1. Pskoff, ville fondée par Olga, grand’mère de saint "Wladimir, et qu’on peut nommer la Glotilde des Russes.
DMITRI
Louange et honneur à toi, fils de la liberté. Qu’on lui avance sur-le-champ le tiers de sa solde. — Qui sont ceux-là? Je reconnais sur eux le costume de la terre natale; ce sont des nôtres?
Le russe kroustchoff. Il frappe la terre du front.
Oui, tzar, noble père, nous sommes tes fidèles esclaves persécutés. Disgraciés par Boris, nous avons fui Moscou pour venir à toi, notre tzar, et nous sommes prêts à perdre nos têtes, pourvu que nos cadavres deviennent les marches de ton trône impérial.
DMITRI
Ayez courage, innocents qui souffrez. Laissez seulement que j’arrive à Moscou, et Boris payera pour tous. (4 un autre.) Qui es-tu, toi?
. KARÉLA.
Un Cosaque.... Je te suis envoyé du Don, de la part de nos libres armées, de nos braves Atamans , enfin des Cosaques du haut et du bas 1 ,