‹ Poëmes dramatiques d'Alexandre PouchkineChapitre 35 sur 53 · FORMES DRAMATIQUES · texte numérisé non relu

FORMES DRAMATIQUES

être, je reviendrai vous voir. Console-toi, cesse de t’affliger, viens que je t’embrasse pour la dernière fois. ( S'en allant.) Ouf! c’est fini — je respire..., je m’attendais à un orage, mais tout s'est passé tranquillement. (Il sort. — La fille reste immobile, les joyaux sur la tête, et le sac d'or à la main.)

(fintre le meunier.)

LE MEUNIER

, Ne nous feras-tu pas, kniaz, l’honneur d’entrer au moulin?... Mais où est-il donc? Dis,

qu’est devenu notre kniaz?... Oh ! oli! oh!

quelle pav iazkal toute en pierres précieuses ! ça a l’air de brûler comme des cierges. Et ce collier!... ah! voilà un cadeau de tzar. Quel bienfaiteur!... Et cela, qu’est-ce? un sac.

N’est-ce pas de l’argent?... Mais que fais-tu là, immobile, sans dire un mot? Serais- tu devenue folle de’ cette joie inattendue, ou hébétée ?

LA FILLE

Je n’y crois pas; ce ne peut pas être. Je l’ai tant aimé!... Est-ce une bête sauvage? A-t-il le cœur fauve ?

LA ROUSSÂLKA.

LE MEUNIER

De qui parles-tu ?

LA FILLE

Dis-moi, père, comment ai -je pu le fâcher?

Ma beauté, en une semaine, a-t-elle disparu ? Lui a-t-on donné un philtre ?

LE MEUNIER

Que, veux- tu dire?

LA FILLE

Oh! père! il est parti.... le voilà qui galope. Et moi, folle, je l’ai laissé partir! je ne me suis pas accrochée aux pans de son caftan; je ne me suis pas pendue à la bride de son cheval! Que ne m’eût-il coupé les deux bras jusqu’au coude! que ne m’eût-il écrasée sur la place !

LE MEUNIER

Fille, fille....

LA FILLE

Vois-tu, les kniaz ne sont pas libres comme nous autres jeunes fillës ; ils ne choisissent pas leurs femmes par le cœur; mais ils sont libres, eux, de nous courtiser, de faire des serments,

de pleurer même et de nous dire : Je te conduirai dans mon splendide térem ', dans la chambre la plus secrète, et je te couvrirai de drap d’or et de velours rouge. Ils sont libres d’apprendre aux pauvres filles à se lever dès minuit à leur coup de sifflet, et à les attendre, tapies dans un coin, jusqu’à l’aurore; ils sont libres d’amuser leur cœur de kniaz avec nos malheurs. Ensuite.... « Adieu! Va-t’en, ma petite colombe, va où tu voudras, aime qui te plaira.... »

LE MEUNIER

J’entends.

LA FILLE

Mais la fiancée.... qui est-ce? contre qui m’a-t-il échangée? Oh ! je le saurai ! j’arriverai jusqu’à elle.... je dirai à la scélérate : « Lâchenous l tu sais bien que deux louves ne vivent pas dans le même ravin. »

LE MEUNIER

Eh! folle, du moment que le kniaz a pris

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