‹ Poèmes élégiaques (volume 2)Chapitre 15 sur 72 · TRISTESSE · texte numérisé non relu

TRISTESSE

A J,-B, Mtngnty statuaire.

Vers la terre joyeuse et de printemps fleurie, Quel rêve suscité par les Dieux incléments Penche ton col et rend ta face endolorie?

La sou£France d'aimer, les pleurs et les tourments, Les chutes de l'espoir, la vanité des roses, Et le dégoût tombé de vos lèvres, amants;

Après les rhythmes d'or la bassesse des proses, Et l'orgueil matinal dans la nuit emporté. Les pressens-tu déjà ces avenirs moroses ?

Jeune fille, dans l'aube épanchant sa clarté, Vois-tu déjà l'ombre menteuse de l'automne, Et sur le flot des jours s'en aller ta beauté?

IBPIGRAMMIÉS 7 3

Tu pleures. Ton doux cœur efifarouché s'étonne,

Devinant la saison où meurent les ramiers,

Ou les pampres cueillis fermentent dans la tonne.

Sèche tes yeux I L'orgueil de tes songes premiers Vivra toujours, gardant ton âme saine et forte, Comme aux matins d'avril, sous la fleur des pommiers.

Redresse-toî, bravant la tombe et la cohorte Des abandons et des regrets, lâches bourreaux : Car c'est un temps meilleur que ta jeunesse porte,

Si, de tes flancs, naît le Poète ou le Héros.

Le dernier feu s'éteint sur la lande embrumée.

Plus de flamme aux carreaux, aux toits plus de fumée.

La note des crapauds vibre seule et la Nuit,

Sous sa robe de crêpe, endort ce faible bruit.

Les étoiles ne sont pas encore allumées.

Silencieusement, des brises embaumées

Passent sur le sommeil des moissons et des bois.

Une lueur surg-it au feîte blanc des toits

Et de taches d'argent sème la terre brune :

Voici qu'à l'orient, là-bas, monte la lune.

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78 POÈMES Él.éCIAQUES

SENESCENT MOON

Fleurs des eaux ! Souvenir des bénignes pensées 1 Voici que j'ai revu Tétang silencieux, Immuable linceul des mortes fiancées.

Stagnante sous le deuil des ajoncs soucieux, La nappe se déroule au penchant des marnières Où des chariots lents s'enlizent les essieux.

Les rainettes et les mulots, dans leurs tanières, Dorment au bercement du très vague roulis Qu'impriment aux flots les haleines printanières.

Sur la brande où, le soir, valsent les lorelys, L'ombre s'étend. Nulle clameur. Plus de murmures, Sinon^ dans les roseaux, la plainte des courlis.

N0GTURNK8 79

C'est l'heure où, délaissant les secrètes ramures, Et la grotte aux arceaux de lierre et de houblons, Les Mantes aux buissons viennent cueillir des mûres.

En robe blanche, par les prés et les vallons,

Elles descendent vers le marais fatidique

Et^ sur ses bords fleuris, peignent leurs cheveux longs.

Court mirage ! Soudain, la vision pudique S'évanouit, pareille aux feux follets trompeurs. Et déserte l'étang qu'une lueur indique.

Dispensatrice des merveilleuses torpeurs, Tu montes, bleuissant la colline et la sente, Dans l'azur étamé dé confuses vapeurs.

Lune du doux Shakspeare, 6 Lune sénescentel

8o POÂMKS iLÉGUQUBS

PROSPERONS ISLAND

L'âme des fleuri lêote et subtile S'exhale sous la lune pâle.

Dans le parc bleuâtre où rutile La rosée en gouttes d'opale.

Sur l'eau des vM<}ues sieulalres, Les nénufars semblent des jonques Où la Willis, par les nuits claires, GhaQte au soupir vpilé des cooquos *

Au temps où la Fée amoureuse S'en vient en la nappe dormante Baig'ner ses flancs de tubéreuse, A travers les boucjuets de menthe»

W.Ï "ff"".-'

nogtuhnxs 8i

C'est le jardin des songes mièvres Assoupis au vol des phalènes :

C'est le jardin ou» sur les lèvres.

Passe comme un frisson d'haleines.

Et, quand les harpes du silenco

Ont mis d'accord tous leurs murmur^Sf

Immatériellei s'élaoco

Une Voix d'or, sous I#s ramures.

Aveux d'amours inavouées, Lamento des I^Tres, par6ssç9 Des chevelures dénouées, Torpeur divinç dçs carçi^sçs :

La Voix, la Voix d'or qui s'élève Suscite, ainsi qu'un zodiaque.

Sur le décor fané du rêve L'image paradisiaque.

Dans le bleu des tonnelles rases, Pelouses qu'ennoblit l'acanthe, Et sur vos fraîches chrysoprases Qlisse l'intangible bacchante ^

8a POÈMES ÉLÉGIAQUES

Voici fleurir fleurir des roses Vertes, noires, couleur de flammes.

Pour assoupir nos cœurs moroses.

Pour dorloter nos pauvres âmes.

£t des roses ensorcelées.

Captieuse, meurt la frag'rance :

L'on dirait, au fond des allées, Un musc lointain, exquis et rance.

Le vin d'amour, l'or et le jade.

Et la gloire, et la fleur du saule Durent si peu I Le vent maussade Sur les tombeà grises miaule.

Mais les bonnes chansons demeurent, Et clémentes sont les tempêtes Aux saintes roses qui ne meurent Jamais sur le front des poètes.

Channeresse aux pâleurs nacrées, La lune en fleur de messidor, Sous les rames enténébrées, Voltige comme une oiseau d'or.

Lis, tubéreuses, marjolaines S'enveloppent de parfums lourds Et nocturnes où les phalènes Trempent leurs ailes de velours.

Et, du haut des viornes grêles.

Des aulnes au feuillage roux.

Sur Tétang festonné de prèles, On entend huer les hiboux.

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