‹ Poèmes élégiaques (volume 2)Chapitre 45 sur 72 · VITRAIL · texte numérisé non relu

VITRAIL

A José'Maria de Heredia.

Un crépuscule d'or baigne le sanctuaire.

Dans la nef où s'inscrit Torgueil obituaire Des châsses, les prélats d'ivoire et de g^ranit Joignent leurs mains que fit un dévot statuaire*

Tenant la crosse avec le $igillum bénit. Les Anges éplorés se voilent de leurs ailes, Près des enfeus royaux dont Talbâtre jaunit.

Sur des coussins de marbre noir, les damoiselles S'agenouillent, un long rosaire entre leurs doigts, Blondes, parmi les lis, Amour, que tu cisèles :

170 POÉ:klES ÉLÉGIAQUES

Ce pendant que, le front cerné d'amicts étroits

Et susurrant une oraison mélancolique,

Des moines sont pâmés à Tombre de la Croix.

Un soir de flamme et d'or hante la basilique. Ravivant les émaux ternis et les couleurs Ancestrales de Tédifice catholique .

Et soudain — cuivre,azur, pourpre chère aux douleurs - Le vitrail que nul art terrestre ne profane Jette sur le parvis d'incandescentes fleurs.

Car Tensoleillement du coucher diaphane Dans Togive où s'exalte un merveilleux concept Intègre des lueurs d'ambre et de cymophane.

Les douze Apôtres, les cinq Prophètes, les sept Sages, appuyés sur les Vertus cardinales, Se profilaient en la rosace du transept.

Améthystes ! Béryls ! Sardoines ! Virginales Émeraudes au front chenu des Confesseurs, Montrant le Livre où sont inscrites leurs annales.

Les Martyrs en surplis d'écarlate, les sœurs Marthe et Marie aux pieds du Maître qui s'incline Et le vol blanc des Séraphins intercesseurs.

Bernard dans les vallons, Benoit sur la colline, Les Sibylles qu'Arnaud de Moles attesta, Près du Roi Christ féru du coup de javeline.

Et plus haut — en plein ciel — un chœur d'enfants porteà

Notre-Dame, sur le vélin des banderoles,

Ces mots d'amour : « Ave, felix cœli porta ! »

Telle, incarnant aux yeux les (^ivines paroles. Chaque verrière dans l'or mystique reluit, Comme un jardin semé d'aveug^lantes corolles.

Mais l'ombre gagne et le vain prestige s'enfuit Et les arceaux quittés n'ont plus de fleurs écloses Pour les répandre sur la robe de la Nuit :

Le sacrilège Nuit par qui meurent les roses.

1^2 P0ÀME8 éLÉGIAQUES

introït

Sur champ d*or, en les vieux tableaux, Ouvrant ses yeux couleur des flots Et plus svelte que les bouleaux,

La Vierge cause ingénument Avec le Séraphin charmant Advenu du haut firmament.

Les calcédoines, les rubis Passementent ses longs habits De moire antique et de tabis.

Ses cheveux souples d'ambre vert Glissent comme un rayon d'hiver Sur sa cotte de menu-vair.

^^np-'v." «

Oh ! ses doigts frêles et le pur Mystère de ses yeux d'azur, Éblouis du pardon futur I

Tremblante, elle reçoit Vave Par qui le front scsra lavé De Tantique Adam réprouvé :

a Empérière au bleu pennon.

Sur le sistre et le tympanon, Les Cieux exaltent ton renom.

« Toi, de Jessé royal provin, Pain mystique. Pain sans levain, Font scellé de l'Amour divin !

« Toison de Gédéon ! Cristal Dont le soleil oriental N*adombre pas le feu natal I

« AvCy Gratin! Que ta main Cueille, pour Tineffable hymen, Les lis fleuris du bon chemin.

174 POiMES éLÉGlÀQUBS

« Et que, sur ton front adoré, Soit un diadème instauré De métal richement ouvré.

u Le nard exhale son odeur :

Reine de joie et de candeur, Suis rÉpoux vêtu de splendeur.

« Foule aux pieds le Dragon pervers.

Maîtresse des Paradis clairs, Ceinte de roses et d'éclairs ! »

Ainsi, le chœur des Angelots Chante^ nimbé de fins halos, Sur fond d*or, en les vieux tableaux.

Et, d'âge en âges emporté, Leur psaume de gloire a fêté Le los de la virginité.

Blanche, ô très blanche 1 Et c'est pourquoi Je veux, artiste plein de foi.

Vous peindre en corselet d'orfroi,

py^J»S"::f-^

Pareille, emmi les hosanna, Aux Madones que blasonna L'imager du ciel, Manteg-na.

Des fleurs d'onyx et de porter Sur le retable squame d'or Epanouiront leur trésor.

Pour vous, les beaux hymnes latins Ingém iront, soirs et matins.

Graves, près des flambeaux éteints.

Pour vous, mes vers, matins et soirs.

Dans la nef aux mornes voussoirs, Balanceront des encensoirs.

«7^ POÈMES iLÈQIAQlJES

Page 1