PSAUME D'AMOUR
J*ai rêvé de t'aimer ainsi qu'une Madone
Qui, très pure, aux baisers mystiques s'abandonne,
Lorsque, parmi les lis entrevus de Sârons,
Les novices ag^enouillés sentent leurs fronts
Pâlir et flamboyer d*extase leur paupière.
Confuse et lente, sous les ogives de pierre.
Chuchote la langueur des offices du soir.
Le maître-autel rayonne et le grand ostensoir,
Au milieu des flambeaux^ des fleurs et des cantiques.
Sur les diacres chapes d'épaisses dalmatiques.
Sur le prêtre éperdu dans sa chasuble d'or.
Semble un soleil couchant qui sous les flots s'endort.
L'orgue, éployant le vol clair des antiphonaires,
Mêle aux séquences des préchantres ses tonnerres
Et, sur un air d'Hobrecht ou de Palestrina,
Chante dévotement le Salve regina ,
J'ai rêvé de t'aimer à genoux, les mains jointes. De bien loin, sans vouloir même effleurer les pointes De tes souliers posés sur le croissant doré, Heureux si, quelquefois, quand je t'invoquerai, Te saluant de noms d'amour en litanies, Tu détournes vers moi tes paupières bénies ! La nuit, de ton autel j'userai le pavé Et mes lèvres en feu, sans compter les aoe, Rediront, malgré l'ombre et la voix des horloges, Les versets que pour toi gardent les eucologes, Les proses où ton nom saintement exalté Triomphe dans sa grâce et dans sa pureté.
Je vivrai sous tes yeux tel qu'un moine fidèle, Oublié de la foule et m'enivrant loin d'elle Des clartés de ta robe et des lis de ton sein. Puis, pour que tu sois belle et que nul autre saint Ne reluise d'autant de splendeur et de gloire, J'ordonnerai les plis de ton manteau de moire, Jusqu'au jour où, prenant pitié, tu daigneras Sourire doucement et me tendre les bras, Où, dans la nef sonore aux senteurs vagabondes, Tu pencheras vers moi tes lourdes tresses blondes, Ton front nimbé d'azur comme un matin d'été.
Verrières d'or I Camails de pourpre ! Orgueil fêté Des tabernacles, sous la pompe des courtines !
178 POÈMES ÉLÉGIAQLES
Gioname ! La douceur des oraisons latines Voltigera comme un parfum sur tes cheveux. Tour éburnale ! Vase insigne empli d'aveux ! Cœur présanctifié saignant dans le calice I Afin que le mystère adoré s'accomplisse, Tu souriras à mon désir adulateur.
Et, quand l'aube, sur le vitrail plein de moiteur Nocturne, jonchera de feux les voûtes grises, Par les portes du ciel où s'enfleurent les brises, Où tinte des clochers l'hymne matutinal, Par les degrés d'azur, ton essor virginal T'enlèvera, pareille à ces saintes discrètes Qui visitaient jadis les bons anachorètes.