VERS POUR MISS LILIAN
Avez-vous adoré les vierges ascétiques,
Les saintes de Memliog, d'Holbein ou d*Orcagna^
Ces corps impoliués dont l'âme regagna
Dans toute sa candeur le ciel d'or des Uîptyques ?
Avez-vous, quand la nuit emplit de sa fraîcheur. De l'abside au parvis, les hautes cathédrales, Salué dans Tencens déroulant ses spirales Un rêve harmonieux fait d'ombre et de blancheur !
Traînant un doux parfum d'ambre et de marjolaine» Aux marges des missels que fait resplendir l'or, Avez-vous vu prier Yseult ou Blancheflor, Plus belles qu^autrefois la Tjndaride Hélène ?
Telle vous rayonnez en nos âges maudits, Lilian, vierge au nom séraphique et sonore, Et vous êtes pareille aux grands lis que décore Le rayon entrevu des lointains Paradis.
Lis secouant l'or fin des lourdes étamines,
Lis fleuris dans la main de Tange Raphaël,
Lis embaumant les prés où les fils d'Israël
Vont paître leurs troupeaux plus blancs que les hermines:
Les orgueilleuses fleurs parent votre beauté Et vers vous, doucement, de leurs hampes écloses, Par de subtifes et lentes métamorphoses, Monte un peu de leur charme et de leur pureté.
Et, comme un vol doré de lascives abeilles Qui meurt parmi les lis d'un paradis perdu, Succombent tristement les désirs éperdus. Sous le rire acéré de vos lèvres vermeilles.
l83 POiHES ÉLÉGIAQUES