‹ Poèmes élégiaques (volume 2)Chapitre 5 sur 72 · LES CITHARISTES DE LA RUE · texte numérisé non relu

LES CITHARISTES DE LA RUE

Hâves^ dég^uenillés, mais l'œil plein d'étincelles, Sous les larges soleils et les frimas glacés. Partout ils vont chantant, tendant leurs escarcelles, Rarement accueillis et souvent repoussés.

Ce sont de beaux enfants de la chaude Italie

Ou des minnesingers du pays d*outre-Rhin,

Que le Démon de l'Art, T Amour et la Folie

Poussent vers d'autres cieux. Air calme et front d'airain,

Us passent en rêvant dans le fracas des villes, Artistes impuissants, quelquefois incompris, Emportant dans leur sein des semences fertiles Et dardant sur ce monde un immense mépris.

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Leur esprit souple et fort peuple de largues drames, Dont les décors sont faits d'espace et de soleil, La harpe sur le dos, par les cités infâmes, Ils avancent toujours vers Fldéal vermeil.

Pour rompre le lien de maudites souffrances, Trouver la fleur qui chante ou le dalhia bleu, Pour cueillir des moissons d'amour et d'espérance, Ils ont dit à leur ciel un éternel adieu.

La plupart ont vidé de sinistres calices Et leurs jeux si profonds sont creusés par des pleurs : Ils ont, martyrs obscurs, après de longs supplices, Trouvé l'insouciance au fond de leurs douleurs.

Mais, lorsque, déchirant d'ardentes symphonies, Leur âme vibre au fond de l'instrument, alors Ils oublient tout : affronts, misère, ignominies. Car la Muse à leurs pieds répand tous ses trésors.

L'inculte violon pleure, crie et lamente Et, comme un cœur blessé, palpite sous leur main. Le Chasseur, pâle encor de la noire tourmente. Dans les bois de Freyschutz leur montre le chemin.

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Et, souvent, attendris par des notes étranges,

Les passants inquiets s'attroupent autour d'eux

Et les gros sous, tombant à leurs pieds dans les fanges,

Transforment en festin leur souper hasardeux.

Toujours chanter! Toujours marcher! Voilà leur vie. Et quand, parfois, un d'eux ne se réveille pas, Ses frères, libres cœurs, avec un air d'envie Baisent sont front glacé par le vent du trépas.

Sur le bord du chemin ils creusent une fosse, Pour l'éternel sommeil ferment ses vastes yeux : Et, sans verser les pleurs feints d'une douleur fausse, Ils enterrent son corps, la face vers les cieux.

Gauterels, août 1871. '

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SONNET

Aux jours de la Saint-Jean et de la Fête-Dieu, Quand les processions, musiques et bannières, Emplissent la cité de chants et de lumières Et d'encens solennel fumant sous le ciel bleu,

On voit passer en rang et marchant les premières, Les vierges de douze ans dont encor nul aveu N a fait battre le cœur et qui tremblent un peu Sous la claire blancheur des gazes familières.

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Une odeur de buis vert s'exhale sous leurs pas : Car la rue est partout embaumée et fleurie. Et le passant hâtif qui souffre et ne croit pas

Courbe son front devant la chaste théorie

D'où montent, par instants, les hymnes que, tout bas,

Il disait autrefois à la Vierge Marie.

Toulouse, juin 1876.

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