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VERS LE CLOITRE

Je rêve une existence en un cloître de fer, Brûlée au jeûne, et sèche et râpée aux cilices. Où l'on abolirait, en de muets supplices, Par seule ardeur de l'âme enfin, toute la chair.

Sauvage horreur de soi si mornement sentie !

Quand notre corps nous boude et que nos nerfs, la nuit,

Rivent sur nos vouloirs leurs cagoules d'ennui.

Et les plongent dans la fièvre ou l'inertie.

/j()4 POEMES

Dites, ces pleurs, ces cris et cette peur du soir! Dites, ces plombs de maladie en tous les membres, Et la toute torpeur des torpides novembres Et le dégoût de se toucher et de se voir ?

Et les mauvaises mains tatillonnes de vice Encor et lentement cherchant, sur les coussins, Et des toisons de ventre, et des grappes de seins Et les tortillements dans le i^êve complice ?

Je rêve une existence en un cloître de fer, Brûlée au jeûne et sèche et râpée aux cilices, Où l'on abolirait en de muets supplices, Par seule ardeur de l'âme enfin, toute la chair.

Et s'imposer le gel des sens, quand le corps brûle; Et se tyranniser et se tordre le cœur, — Hélas ! ce qui en reste — et tordre, avec rancœur, Jusqu'au regret d'un autrefois doux et crédule.

LES DÉBÂCLES IQ5

Se cravacher dans sa pensée et dans son sang,

Dans son effort, dans son espoir, dans son blasphème ;

Et s'exalter de ce mépris, vain lui-même,

Mais qui rachète un peu l'orgueil d'où l'on descend.

Et se mesquiniser en pratiques futiles

Et se faire petit et n'avoir qu'âpreté,

Pour tout ce qui n'est point d'une acre nullité,

Dans le jardin vanné des floraisons hostiles.

Je rêve une existence en un cloître de fer Brûlée au jeûne et sèche et râpée aux cilices, Où l'on abolirait, en de muets supplices, Par seule ardeur de lame enfin, toute la chair,

Oh ! la constante rage à s'écraser, la hargne A se tant torturer, à se tant amoindiûr, Que tout l'être n'est plus vivant que pour souffrir Et se fait de son mal sa joie et son épargne.

N'entendre plus ses cris, ne sentir plus ses pleurs, Màler son instinct noir, tuer sa raison traître, Oli ! le pouvoir et le savoir ! Etre son maître Et les avoir cassés les crocs de ses douleurs !

Et peut être qu'alors, par un soir salutai'^e, Une paix de néant s'installerait en moi; Et que sans m'émouvoir j'écouterais l'aboi, L'aboi tumultueux de la mort volontaire.

Je rêve une existence en un cloître de fer.

LES VEPRES

Là-bas, celte existence en noir de grandes vieilles,

Par les enclos en noir et les porches d'église,

Cette existence et de prières et de veilles.

Le soir, sous leurs mantes en noir, qu'immobilise,

Et pendant des heures et des heures, l'extase

Au pied d'un ostensoir, le soir, en des chapelles

De cathédrale en noir; et la claustrale emphase

Du culte et de grands dais levés et de flabelles,

Le soir, sur ces vieilles en noir, dont les mains jaunes

Tendent en croix leurs désespoirs et leurs misères,

Vers les autels immensément et vers les trônes,

Là-bas, ornés d'argent, de feux, et de rosaires,

Le soir, au fond des chapelles en noir; et l'ombre

D'un grand pilier, sur les dalles, droite, allongée

Ainsi qu'un bras de soir et de volonté sombre

Vers ces vieilles en noir, dont la ferveur figée

Grandit l'hiératique allure évocatoire,

Au fond des chapelles en noir ; et les martyres

Et les saintes, et la série incantatoire

Des longs cierges et le grésillement des cires,

Le soir, sur de lourds trépieds noirs, dans les chapelles

En noir; et ce Jésus, vieux de siècles et triste,

Ce Christ en noir du soir, dont les loques charnelles

Pendent au long des croix et dont le nom persiste,

Le soir, dans le vieux cœur en noir des grandes vieilles,

Dans leur vieux cœur en noir et or et leurs mémoires !

Et comme elles, s'user à des marmonnements ; Et comme elles, rouler, en uniformes moires.

Les jours après les jours, toujours, et les moments, Les toujours mêmes jours pieusement ; et comme Elles, passer vers un effacement en noir ; Et comme elles vivent, vivre, presqu'en un somme De mornes oraisons autour des croix de soir. Au fond des chapelles en noir; revivre en litanies Sa peine et sa rancœur et tout son désespoir Et ses lasses douleurs de vivre indéfinies, Là-bas, le soir, au fond des chapelles en noir !

LES DEBACLES ^

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