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d'aiilros terres, et d'autres hiimanltés. Mille flambeaux immenses sont cachés derrière le doigt léger qu'un voyageur lève devant ses yeux dans la nuit. C'est un abîme. Mais l'autre est plus effrayant. L'idée de l'infinité qu'Anaxagore mit dans chaque chose fait de chaque chose un infini. Dans un des cheveux souples de la femme aimée gravitent d'autres mondes et d'autres soleils et ainsi toujours. L'homme hésite entre deux folies quand ses yeux se portent >ers l'un des deux sens. Il marche vers la science sur un passage plus étroit que le fil d'une lame aiguë, entre deux gouffres qu'on ne peut sonder. Chaque extrémité du passage est gardée par un ange noir aux yeux bleus.
Et ainsi toutes nos pensées troublées sont comme des tiges de fleurs que le vent disperse. Pour rassembler nos tristesses et consoler notre âme de cet infini dans lequel elle erre perdue, il faut un lien de pourpre qui réunisse les fleurs en gerbe serrée. Un seul enfant, dans ses mains légères, porte le ruban de pourpre. C'est Eros, le plus grand des dieux. Il règne sur les étoiles comme sur les invisibles. L'homme qui lève les mains vers le mystère forme un angle dont les branches vont à l'infini, et dont, à l'inverse, le reflet obscur descend vers les profondeurs. .Nous sommes par le désir et par l'amour sans cesse au cœur même de l'univers. Notre àme est le carrefour crépusculaire où se rencontrent les deux routes de pèlerinage. Tout homme
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est au centre de la croix, le geste étendu vers l'une et vers l'autre Immensité. C'est le signe de l'inconnu et du problème, et c'est celui de l'amour. Car un cri d'amour va plus loin que les étoiles, et chemine dans rélernité. C'est la flèche d'or qu'un messager lance vers les univers. C'est le feu terrestre ou divin. Toutes les choses à l'origine reposèrent dans le sein de l'unité. Et si les étoiles aujourd'hui sont des constellations, et si les cœurs soulTrent d'être séparés, chaque soupir et chaque tristesse amoureuse ramène à l'hymen désirable, comme un enfant vêtu de noir prendrait la main des fiancés pâles vers l'autel. Il n'est pas vrai qu'il existe des adieux. La tombe n'ensevelit pas ceux qui se sont une fois aimés. Nous savons que les gestes qui se séparent se réuniront un jour et que les couronnes funéraires seront de roses dans le futur. L'être aimé demeure toujours auprès de celui qui l'aime, par l'espérance impérissable ou par le divin regret, quand même on l'emporterait à l'ombre d'arbres inconnus, sur la plus obscure des planètes balancées autour du plus lointain des soleils.
Celui qu'il aima fut un berger des montagnes siciliennes. Toutes les phrases sur l'amour sont vaines auprès de l'image d'Eros. Il descendait, les lèvres rouges, des collines vers la cité, à travers les sentiers où roulent des pierres, et que bordent les citronniers. Il mâchait une fleur insoucieuse, née de son haleine, et des gestes souples,
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sous les plis do la tunique, révélaient son jeune CQips. Une iimc semblable est pareille aux urnes vides que les porteuses ont vers les fontaines. Qui voudrait y ferait trembler l'eau bleue des révcs ou le vin pourpre de l'amour. Et son rôle magnifique fut d'imager le symbole en forme vivante, statue ressemblant au Dieu qu'on adore et vers laquelle monte l'encens. Nous ne connaissons que des images, et les immortels ne nous apparaissent que sous un voile mortel. Pour que le messager des clioses lointaines fut digne d'évoquer les formes futures, Empédocle entreprit de lui faire une âme égale à son corps en beauté. Comme le potier façonne l'argile et lui donne l'apparence qu'il désira, ainsi se façonnent les âmes. Et comme le potier habile a toujours les yeux fixés sur un modèle aux anses légères faites du corps souple de deux bacchantes, celui qui veut l'imiter auprès des âmes garde ses yeux intérieurs sur un modèle aussi. 11 contemple les formes divines qui sont ailleurs et dont les humains ne sont que l'ombre.
On les rencontra par les routes, à l'heure où l'autre berger, le nocturne, ramène le troupeau blanc des nuages vers l'étable de l'horizon. Empédocle racontait la triple Hécate, et le mystère des sanctuaires cachés au fond des forêts silencieuses. La nuit, ils dormirent à l'ombre des chênes bas à branches torses. Mais l'aube surtout les émerveilla. L'aube est l'image de la vie. L'enfant connut les
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belles légendes qui cachent la vérité comme un manteau brodé de joyaux. Leur promenade fut à travers le bols sacré des symboles. Empédocle était vêtu d'une robe de pourpre, et portait un bandeau de pourpre au front. A ses pieds des sandales d'airain. Sur l'airain des ciselures se déroulait, œuvre d'un artiste inconnu, l'histoire glorieuse des héros. On y voyait la guerre troyenne, une danse de vendangeurs, les travaux de Héraclès. Tout autour, en flots imités par les bosses du métal noir, s'enroulait le fleuve océan. Elles foulèrent sur toutes les routes la poussière grise. On se reposait au bord de la mer, et le vent venu du large est une caresse. Tout paysage sicilien se compose d'un abri sur les rochers à l'ombre de pins vert sombre, devant le bleu déconcerîant de la mer illimitée. Un lit odorant de ramilles est tombé de la cime sur le sol. Dans la mélancolie du soir, par transparence, le feuillage des pins devient violet. C'est l'heure où les paroles, comme des prières» montent vers la voûte nocturne. Au commencement était le monde uniforme, le sphéros, dieu circulaire. Toute chose était au centre des choses et le centre était partout. Le démon aux ailes courbes, Anteros, a tout dispersé. Les étoiles et les cœurs, tressant des couronnes, tentent vainement de renouveler la forme antique et parfaite. Le serpent éternel se mord la queue. Le monde des apparences et le monde de l'amour sont soumis aux mêmes lois d'attraction. Les temps
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arcoiiiplis, \nleros succombera dans sa lulle contre l'Kros aux ailes blanches. Et, en vérité, le chœur chante la strophe puis 1* antistrophe autour de l'aulel, comme symbole de l'universel désir.
Il fout aimer. C'est le grand secret. Le cœur s'élargira vers l'horizon. Et notre vie marche au rythme du cœur, tel un enfant vêtu d'une robe rouge vient en dansant. La seule vérité c'est de travailler à construire le temple de la future Unité. Que le poète pour sa louange, écrive un poème, et que d'autres fassent à tous les mendiants errants sur la route, le don royal du baiser. Tout poème qu'on réalise, par la plume, le marbre ou les lèvres, et ceux-là sont les plus beaux, ravit quelque chose pour toujours aux étreintes farouches du néant, et dévoile quelques traits sur le visage de l'Inconnu.
Heureux celui, qui dès qu'il meurt, laisse après soi sur son passage une forme de beauté qui n'existait pas avant lui. Nous sommes semblables à la bonne abeille qui recueille son miel inlassablement pour un lendemain qu'elle ignore mais qu'elle sait devoir venir. Car chacun tisse son linceul de rêve et se tresse ici -bas sa couronne immortelle, et le ciel futur sera pour chacun de nous absolument ce que nous aurons voulu qu'il fût.
Sur des flûtes plus légères, pour un jeu, il disait avec mollesse, d'autres fois :
(( Les uns souhaitent l'empire et les chars triom-
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phaux. Leur visage reflète avec joie la foule aux mille visages. Les cris el les gesles vont vers eux.
D'autres, en des coffrets rares, emprisonnent Tor et les joyaux.
Il en est qui passent leur vie entière sans soupçonner d'autre ivresse que celle des tables lourdes de vins.
Pour moi, ne me saluerait-on pas comme le servant du mystère, je voudrais, quand je deviendrai funèbre, avoir été de tous les hommes celui qui connut le plus d'amours. Ma cendre, si tout tombe en cendres, serait la plus parfumée. »
Cependant, l'enfant écoutait, et sa figure devenait pâle, et ses yeux plus beaux. Mais avec les jours qui passaient, ce ne fut plus bientôt le mystère des mystères contés, le plus étrange, mais celui de sa propre vie. Il parut que le souffle de son jeune cœur devenait profond comme un soupir. Pareil aux adolescents qui courent, dans leur souple ardeur, vers le Temple, il dépassa le hiérophante a quelque carrefour bordé de cyprès. Et ainsi, à mesure que les paroles prenaient la solennité des choses saintes, les roses de Pœstum se muaient en roses noires, et les prés d'IIenna sous le chaud soleil devenaient les prés nocturnes où la déesse fait descendre les jeunes gens prématurés. On voit Hermès, conducteur des morts, portant dans ses bras et caressant, pour la consoler, une petite âme peureuse. La tristesse des jeunesses disparues n'est-
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ollo pas la seule image que les poêles n'useront jamais, la toujours neuve? un moment, il fut couché sur la mousse du rêve et mourut.
« — Tu ne courras plus sur le bord des sources, tes pieds légers heurtant en mesure le sol:
Tu n'entreras plus dans la mer divine, où ton corps nu frissonnait de joie.
• Disparu, tu vas rendre compte du message qu'on te confia. Puisses-tu dire à celui qui est toute la beauté et tout le mystère que notre auberge fut la plus royale et nos gestes les plus suppliants.
I/enlant des légendes, chaque soir, demande l'hospitalité.
Mon orgueil se couronne d'asphodèles, tes cheveux sont maintenant comme la feuille du saule, le bruit de ton cœur est pareil au murmure d'une source qui descend dans les profondeurs.
Mais nous nous retrouverons au seuil des cités magiques.
Adieu ! messager. »
Avec les joueuses de flûte, la nuit divine commença. Le soleil était tombé dans, la mer, après un regard lourd de gloire. L'ombre est favorable aux mystères. Il est des paroles pour être écoutées au son des instruments funèbres, et tels visages d'amour n'ont tout leur reflet de beauté profonde que sous les voiles de deuil. Ainsi l'enfant comme d'une corbeille pleine de violets pétales, avait semé sur sa roule l'immortel regret.
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— Quel biicher royal au bord tics flots ! le bois de cèdre élève son orgueil parfumé vers les nuages, et des formes penchées versent des pleurs sur les yeux clos pour toujours. Il fut dans le soir léger avec les gestes dont on dispose un enfant dans son berceau, quand on croise ses bras sur le cœur pour une belle forme de sommeil. Des heures, la mer sanglota, à vagues étouffées, dans une ondulation de moire incessante vers le rivage. Un linceul enveloppa les membres désormais de marbre et plus tard de rêve. L'adolescent, pour jeu éternel, partira à la recherche décevante de son corps épars en fumée.
— O messager !
La chimère s*cst éveillée qui se cachait au fond de nos âmes. Nous partirons, puisque nous l'avons voulu. Nous marcherons sans fatigue, dévorés par le feu qui brûle en nous, comme la flamme terrestre caresse ta chair, et n'en fera pas plus de cendres que d'une gerbe de roses brûlées. Ayant voulu connaître la folie de vivre, au lieu d'être assis au seuil du Temple, il vaut mieux avoir heurté la porte et qu'on n'ait pas répondu. La vie éternelle veut-elle autre chose que d'être tentée par toutes les voies .^^ Le disciple qui repose avec les servantes, au foyer d'hiver jusqu'au chant du coq est moins pur que celui qui tente le Maître au fond des jardins nocturnes, et lui parle bas à l'oreille, pour la folie, peu leur importe, pour l'amour, ou la trahison.
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Quel que soit l'encens du Temple, la flamme fut toujours pure. Le culte aux images glorifie celui que révèlent tous les symboles. Et nous pourrons l'apporter dans les urnes d'offrande, ô maître, sur le seuil des maisons futures, tous les poèmes, les gerbes, et les baisers. Tu reconnaîtras les baisers, el tu feras le compte des gerbes. Nous retournons au foyer natal, pareils h des enfants prodigues, mais exilés par ta volonté. — Nous connûmes l'amour qui seul fait vivre les fantômes de notre vie irréelle, en leur mettant au visage un de tes reflets de beauté. Sans cherclier le nom des fantômes, tu sauras sourire et nous pardonner, connaissant ce que nous avons voulu, et que même si nous errâmes, c'est peut-être pour l'amour de toi.
— Vainement les esclaves élevèrent un sanctuaire consacré pour Empédocle, et les jeunes filles vinrent, avec des couronnes, lui défendre de mourir. 11 réunit ses amis en un banquet de soir. Quand on eut versé sur les tables, pour les dieux, le vin rituel, quelqu'un dit l'éloge de l'amour qui rend les hommes pareils aux dieux. Et aussitôt on s'aperçut qu'Empédocle avait disparu. On le chercha longtemps par la ville, dans les forêts, au bord de la mer. Passa-t-il, voyageur, le long des routes siciliennes, portant sur le cœur un cher fardeau ? Certains dirent qu'il était allé rendre visite, dans une fureur inspirée, au dieu des flammes, au fond de TEtna. On trouva jetée par les laves, sur le
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sommet de la montagne, une sandale d'airain, comme aux portes des sanctuaires où l'on entre les pieds nus. Mais des cendres et de l'urne aimée par le hiérophante, au bord du gouffre rien ne demeura. Il avait emporté son rêve avec lui.