UNE RENCONTRE AVEC I/\ME DES WATTEAUS
Vous voulez quo je vous anuise, Madame, de ma première entrevue avec l'ame des ^^ alleaus : volontiers, clicrc.
Ce jour-là, nous rêvions d'une femme, mon cœur et moi. Vous la connaissez, puisque c'est elle dont le souvenir me navre quand je pense à vous. — Et je lui disais : Poiu* que tu m'aies pris ainsi tout entier, quelle puissance magique doit être la tienne ! Certes, je croirais volontiers que l'on changea ton âme pour l'àme même des \N atleaus, et qu'elle me regarde par les yeux.
Ici l'ame des VVatteaus m'apparait et se plaint doucement que je la fasse servir à de si fâcheuses comparaisons. Elle ne veut point être confondue avec une femme comme vous. Pour se consoler, elle évoque un paysage habituel ; marbres, verdures, colonnades. Arrive dans ce cadre un cortège de
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xlames aux exquis sourires fanés et de seigneurs aux très hauts talons. Ils causent avec mille affeclallons charmantes, puis se querellent grossièrement. Les dames disent des choses de derrière Tcventail, les seigneurs se lancent à la tête leurs souliers rouges.
L'àme des ^^ atteaus se lamente. Je la frappe pour lui imposer silence. — Elle sanglotte. — J'ai froissé sa collerette. — Comment donc ira-t-elle au bal, ce soir ? Alors je me laisse attendrir. C'est une bonne petite âme que je baise sur les yeux. Nous partons tous deux avec de grands gestes fous à travers la nuit pittoresque et nous arrêtons au café de la Régence, sur la terrasse. Le garçon nous sert des étoiles sur un plateau d'argent bruni. — Puis je lire de ma poche un petit violon et je fais danser rame des Watteaus.
Mais pourquoi ce madrigal à vous, Madame, qui n*avez pas d'âme et qui ressemblez pourtant si merveilleusement de corps à ces âmes de Watteau qui n*en ont pas ? Ne faut-il pas encenser les femmes parmi lesquelles on rencontre, vous d'abord, deux ou trois autres et puis une que je sais ?
J'eus si souvent des difficultés avec la lune à cause de vous !
Vous êtes si naïve, ma chère, que cela vous demeurera fermé.
Votre ignorance n'est d'ailleurs que le fermoir d'or d'un adorable missel d'amour, et, si bête que vous soyez, et si charmante, je n'éprouve plus de
POE\lV:S KN PllOSE IQ;)
joie triste qu'àvotre joie. Tout ce qui précède n'est peut-être qu'une ingénieuse allégorie. Je sais dans quels yeux s'évoquent les paysages où je voudrais vivre, et je crois que si l'âme des Watteaus se regardait dans le miroir ouvragé de sa ceinture, c est votre visage qu'elle verrait.