POÈME POSTHUME
Il y avait quelques heures déjà que j'étais mort, et je moulais vers les nuages, comme font les âmes, songeant à la tristesse bi/arre où j'avais laissé mes amis. Ils n'avaient pu croire à la vérité d'ime coupe noire bue, pour oublier des ennuis quelconques que la musique, ni les poètes, ni les promenades sous les arbres nécessaires n'avaient su guérir.
Pour le moment je me réjouissais à la pensée de voir de près les étoiles que j'avais entre\ues de loin autrefois à travers les noires cheminées, comme de petites llaumies de punch voletant sur la coupe sombre du ciel, et tout entier à mes impressions neuves, j'avais presque oublié l'enfant méclianlc (mai?^, o pomrai- je l'oublier !) quand je Ais venir dans les nuages, du côté de la terre sûrement, une forme blanche comme moi, qui montait avec lenteur.
2lS POÈMES EN PROSE
Ingénuemeiil u c'est moi, me dit-elle » et moi qui lus pour jamais le livre douloureux de son regard je vis qu'elle riait, comme rit une âme, de mon étrange aspect, sachant bien que pour elle rien ne pourrait lui rien faire perdre de sa navrante beauté. « C'est moi, me dit-elle, qui m'ennuyais de ton âme triste, et de ne plus t'avoir à tourmenter, o cœur, cœur épris que jamais je n'aimerai, mais que mes mains d'enfant feront souffrir longtemps encore dans celte autre sphère où longtemps s'appelle toujours. El je suis venue. « Eperduement je balbutiais : Tu es venue, tu es venue, pas d'autre mot ne rendrait mon trouble et ma joie. Des étoiles passeront sans doute et s'enfuieront vers l'infini, sans que je les accompagne même d'un regret. Tu es venue et c'est l'infini el c'est les yeux méchants, et c'est toi. Que nous monterons volontiers ensemble vers le ciel lointain, vers cet autre ciel, si lointain qu'il soit !
Mais ô le paradis maussade qui ne parait pas ! exisle-t-il seulement? en attendant, il pleut, et ta pauvre petite âme a froid à ses ailes blanches. Comme le blanc le va mal ! Je t'aimais mieux avec ta robe sombre comme tes cheveux. Mais pourquoi ? Y a-t-il une \irginité dans la mort? Bah ! la virginité demeure chez celle dont le cœur ne vibra jamais. Tu es vierge de l'amour, ô chère, vierge certes pour toute une autre éternité. Nous pourrons recommencer une vie neu>e, car jamais durant
POEMES E.> PUOSE 12 1 Q
l'ancienne où si cruellement je t'ai connue, tu n'as perdu même à l'heure des irissons suprêmes cette candeur de l'inconscience que le flot divin de la volupté ne pouvait troubler dans tes yeux.