‹ Poèmes en proseChapitre 37 sur 45 · LA FORÊT · texte numérisé non relu

LA FORÊT

Je fermai les portes de la Cité de la Peur, où j'avais vécu de longues années. La foule se pressait entre de hautes maisons noires aux fenêtres rouges. Sur chaque toit se dressait une énorme hougie à flamme violette. Et des ailes jaune de Chimères se brûlaient à la flamme violette des bougies. Elles crépitaient délicatement et retombaient sur le sol en poussière d'or.

Il y avait partout des Chimères, — et des Rêves étaient accroupis derrière les arbres de la forêt, me regardant avec des yeux luisants. C'étaient de hideux petits vieillards, à la figure large et grasse, aux membres grêles et tordus. Ils sautillaient parmi leâ branches mortes, en ricanant dans la nuit. — J'en suivis un qui se perdait dans un sentier. Il était vêtu d'une longue houppelande et d'un bonnet fourré. Dans sa main se balançait une lanterne aux vitres de couleur, ayant 4)our flamme un sourire

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cMiliv doux loM'os ardentes. Il s'axanrait, éclairant (le lueurs rarilasliques les réalités.

Dans sa marclie, le pclil vieillard s'arrêtait parfois. Il se baissait au pied des vieux arbres, arrachant de gigantesques champignons. II en prit un, dont il se mit à mordiller le bord dentelé, de manière à lui donner la forme et les découpures symétriques d'un parapluie. Puis, il continua sa promenade, tenant d'une main sa lanterne et de l'autre son champignon, sur lequel tombaient avec un bruit monotone de larges gouttes de pluie.

Tout à coup, je vis le vieillard s'arrêter. Sa figure devenait pâle, et ses yeux s'élargissaient. Il se tordait maintenant, ayant jeté loin de lui, d'un geste de colère, le champignon vénéneux. Puis, après quelques convulsions, il s'affaissa sur le sol.

Alors, de tous les sentiers delà forêt accoururent» à grandes enjambées, tous les autres petits vieillards chétifs et gras. Ils portaient d'une main leur lanterne, et, de l'autre, des champignons sans découpures. — Et tous, avec des paroles lugubres, et des yeux résignés, mais habituels, se mirent à recouvrir de feuilles mortes le corps du Rêve empoisonné.

LOMBRE

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