‹ Poèmes épars de Joseph Lenoir-Rolland, 1822-1861Chapitre 12 sur 28 · LA MÈRE SOULIOTE · texte numérisé non relu

LA MÈRE SOULIOTE

Sous leurs pieds, dans le val rocheux, Les guerriers de la Selléïde Ne cédaient au sabre homicide, Qu'en semant la mort autour d'eux!

"Il passe le torrent! Le voilà qui s'avance! "Malheur à la montagne, à nos pâles foyers! "Là, le hardi chasseur s'appuyait sur sa lance! "Là, retentit le son du luth des caloyers! "Là, mes chants t'endormaient! Mais le Turc

[sanguinaire "Nous chasse au bout du cimeterre !"

On entendait dans le vallon, Dans les airs et sur la montagne, Ces hautes clameurs qu'accompagne La voix stridente du clairon!

"Ecoute! ce sont eux! oh! l'étrange harmonie "Qu'annonce la trompette aux roches de Souli? "Qui donc enflamme ainsi ta paupière brunie ? "Qui donc fait que ton front, tout-à-1'heure, a pâli? "Enfant, ne frémis pas! Les épaules du brave

"N'ont jamais ployé sous l'entrave!"

Et la rafale, tour-à-tour, Mêlait le cliquetis des armes, Les hurlements chargés d'alarmes Aux sourds roulements du tambour!

"Entends-tu les éclats de leur rire sauvage ? "Mon fils, Dieu te fit libre au jour que tu naquis! "Ton père te légua sa gloire et son courage; "Il t'aima, te bénit, comme je te bénis! "Et nous, qu'il chérissait, nous porterions la chaîne!. "Nous n'en serons pas à la peine!

Lorsque de l'abrupte sommet

Le fils et la mère bondirent,

Deux longs cris de mort s'entendirent!

Puis, le val redevint muet!

Montréal, 20 mai 1848.

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