ANGLETERRE
Angleterre
On te reproche à toi, magnanime Angleterre, D'ouvrir tes larges bras aux proscrits de la terre; De les laisser en paix sur ton sol protecteur! De donner sanction, toi, juste monarchie, Aux projets factieux, au crime, à l'anarchie; De prêter ton égide à tout conspirateur!
Le fanatisme, assis sur les chaînes qu'il forge,
Te signale aux passants, comme un noir coupe-gorge,
Où restent impunis meurtres et trahisons!
Tu n'es plus, selon lui, qu'un immonde élysée,
Où jubile la honte, où la vertu brisée,
Laisse au vice maudit d'immenses horizons!
Ceci n'est rien encore et peut trouver excuse! Ton forfait le plus lourd, celui dont il t'accuse, C'est d'ourdir un complot contre l'humanité! Tes démocrates pairs et tes nobles communes, Ne servant, hurle-t-il, que tes basses rancunes, Sont les vils instruments que meut ta vanité!
Et, pour joindre le fait à la stupide insulte, Il jette de la boue aux prêtres de ton culte; D'un stigmate infamant il te marque le front! L'Espagne, sous son pied se ployant tout entière, Aux cadavres anglais refuse un cimetière! De chétifs roitelets te prodiguent l'affront!
Et tout cela, pourquoi ? Parce que dans tes îles,
Ne souille pas qui veut les hommes, les asiles!
Ta loi, garde sévère, a le glaive à la main!
Elle veille partout, partout est forte et digne,
Frappe Y audacieux violant sa consigne,
Et commande aux bourreaux de passer leur chemin !
Les bourreaux de l'Europe! Oh! que leur face est Tu ne saurais jamais en supputer le nombre, [sombre! Tant ces chiffres hideux t'inspireraient d'horreur! Tant l'odeur du gibet dont s'imprègne leur haîne, Soulève de dégoûts de la poitrine humaine; Tant ils sont laids à voir dans leur lâche fureur!
Malheur aux nations qui sucent ces vampires! Leur étreinte fatale écrase les empires! Rome se disloquant sous le genou puissant, La Pologne, n'est plus qu'une esclave avilie, Le Cosaque, en riant, voit râler l'Italie, Bonaparte fusille et s'enivre de sang!
Mais l'émeute viendra! Son ardente colère Eclatera sur eux comme un coup de tonnerre! Et les trônes dorés des rois s'écrouleront! Et tu les recevras, ô tranquille Angleterre, Honteux, la rage au cœur, chassés de toute terre! Prends bien garde, pourtant! leurs doigts t'étrangleront.
Montréal, 24 décembre 1853.