NOTRE-DAME DE MONTRÉAL
Notre-Dame de Montréal
C'est un bloc de calcaire aux énormes assises. Il est là, sur un tertre, et ses hautes tours grises
Y soulèvent leur front altier.
Un grand fleuve à ses pieds roule ses claires ondes, Et le commerce ardent, cette âme des deux mondes, De ses riches produits l'entoure tout entier!
Qu'est-ce donc que ce temple au superbe portique, Au fronton crénelé comme un castel antique,
Avec sa noble et large croix ?
Un goût sévère et pur, s'alliant au génie, A mis dans son ensemble une telle harmonie, Que la louche critique est devant lui sans voix!
C'est la maison de paix au milieu du tumulte, C'est l'oasis où vient, par le désert inculte,
Par les flots des lointaines mers, Quand il est fatigué des vains bruits de la terre S'asseoir le voyageur pieux et solitaire, Ou celui dont le monde a fait les jours amers!
0 demeure tranquille! ô sainte basilique! Monument élevé sur la place publique,
Comme un phare sur un écueil, Je m'étonne toujours que parfois l'on t'oublie, Mystérieux asile, où Dieu réconcilie Ces voisins ennemis, la vie et le cercueil!
Labeur et récompense
Pour le rendre fécond, un jour, -des travailleurs Remuèrent un champ que Ton croyait stérile. Ceux qui passaient, disaient: "Leur peine est inutile, * 'Pourquoi ne vont-ils pas porter leurs bras ailleurs ?"
Pourtant ils se trompaient. A la moisson prochaine, La haîne ramenant ces insulteurs obscurs, Les travailleurs chantaient, leur face était sereine, Et le champ se cachait sous des flots d'épis mûrs!
Ne nous a-t-on pas fait, à nous, la même injure! N'a-t-on pas dit ce sol rebelle à tout labeur ? L'Ignorance devait, honteuse flétrissure, S'attachant à nos fronts, nous vouer au malheur!
Regardez! Le spectacle est sublime et console! Voyez ces travailleurs heureux et triomphants! Peuple d'un million, sur les bancs de l'école, Contemple, avec orgueil, plus de cent mille enfants!