LES LABOUREURS
Les laboureurs
Ne méprisons jamais le sol qui nous vit naître
Ni l'homme dont les bras, pour notre seul bien être,
S'usent à force de labeurs, Ni ses robustes fils ployés sur leurs faucilles, Ni son modeste toit, ni le chant de ses filles, Qui reviennent, le soir, avec les travailleurs.
Ils moissonnent pour nous, et les fruits de leurs peines, Blonds épis, doux trésors des jaunissantes plaines,
Blanches et soyeuses toisons, Larges troupeaux chassés de leurs oasis vertes Toutes ces choses-là par eux nous sont offertes Et c'est avec leur or que nous les leur payons.
Notre avenir est là ! nos champs gardent le germe D'hommes propres à tout, au cœur changeant ou ferme
Prenant un bon ou mauvais pli; Dirigeons vers le bien leur mâle intelligence Instruisons-les: savoir c'est narguer l'indigence Et peut-être sauver un peuple de l'oubli.
Il n'est que ce moyen d'atteindre un long bien être D'attacher à ce sol fécond qui les vit naître Les hommes aimant les labeurs, De voir leurs nombreux fils, ployés sur leurs faucilles, Et d'entendre, le soir, le doux chant de leurs filles Se mêler à celui des rudes travailleurs.
Le géant
(Traduit de l'anglais de Charles Mackay)
Il vint un géant à ma porte, Un géant terrible et hautain; Son pied était lourd, sa main forte Tordait les arbres du chemin.
Le colosse en vain me menace; Bannissant mon premier émoi J'osai le regarder en face, Et lui dis: "Que veux-tu de moi?"
Le monstre, devenu pygmée,
A ces accents, tremble à son tour;
Puis, son corps se change en fumée
Ondulant par le vent du jour.
Sa rouge prunelle est éteinte;
Sa voix ne s'entend qu'à demi
"Où dis-je, en voyant tant de crainte,
"Où donc est ce fier ennemi ?"