LA HARPE MAGIQUE
Hélas! sous cette forte étreinte, La harpe d'or se détendit:
Il en jaillit comme une plainte Qui longtemps au loin s'entendit.
Cette douleur, douleur suprême, Pleine de sons tristes et doux, Eût attendri cet homme même, Si son cœur n'eût été jaloux!
Ces voix par les airs envolées Jamais plus ne nous reviendront; Les jours, ni les nuits étoilées Jamais plus ne nous les rendront!
C'est en vain qu'une main amie Cherche à réveiller ses accords; La harpe demeure endormie Près du torrent aux sombres bords!
Regarde! l'instrument sonore Que tes doigts viennent d'outrager, Sans toi nous charmerait encore Imprudent et fort étranger!
Pleure! et suivant une autre voie, Oh ! puisses-tu te repentir :
C'est un bonheur, c'est une joie, Que tu voulus anéantir.
Montréal, juillet 1858.
La fenêtre ouverte
{Traduit de l'anglais de H. W. LongftUow)
Le vieux logis, muet et sombre, Se cachait sous les tilleuls verts, Et le jardin disputait à l'ombre Les sentiers de sable couverts.
J'allais m'asseoir sous la fenêtre, Et je dis: "où donc êtes-vous?" Mais je n'y revis plus paraître D'enfants rieurs aux regards doux.
Auprès du seuil de la demeure, Un chien gardant leur souvenir, S'étonnait de voir passer l'heure Sans qu'aucun d'eux pût revenir.
Son œil où brillait la tendresse, Cherchait en vain sous les tilleuls Ses gais compagnons d'allégresse!. . .
L'ombre y tendait ses noirs linceuls!