‹ Poëmes et chants élégiaquesChapitre 24 sur 40 · II · texte numérisé non relu

II

Phis malheureuse qu'eux de mourir la dernière , Ta présence , ici bas , soulageait nos douleurs ; Aurais-tu sur la terre abandonne ta fille?

Et n'est-ce plus qu*à ses malheurs

Qu'on reconnaîtra ta famille ?

Eh bien ! retire-noUs ton salutaire appui ,

O mon Dieu ! mais épargne un peuple qu'on ëgare.

Les vœux que je forme pour lui A mon père, en secret , m'unissent aujourd'hui... Nos prières du moins n'ont rien qui les sëpare.

O de ses derniers jours imposant souvenir !

De ses nobles vertus victime volontaire , Ce n'est qu'en pardonnant qu'il prétendit punir. Il imita son dieu... J'imiterai mon père.

Oui f Dieu seul connaîtra mes regrets déchirants. J'ai su de mes douleurs dompter la violence :

II me reste un sourire encor pour mes parents ; Et je cherche l'autel où je pleure en silence...

Autel sacré , ne seras-tu jamais Témoin de mon heureuse ivresse ?

Quand viendront les jours d'alëgresse ?

Quand reverrai-je les Français ?

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C'est an esprit des «deux exilé dans la vie L. BELMONTET.

Fam» curribus ardais ievatas Qaà sorgant animœ potentiores »

Terras despicis , et sepalcra rides.

( Suu. Ehg. Kb. II. )

LE POÈTE. i3i

Ke PoeU.

\jOMMX. il voile à nos yeux son brillant diadème, Dieu fait tomber d'en haut sa parole suprême

Sous des accents mortels, De peur que de sa voix l'effroyable tonnerre Jusqu'en ses fondements n'ëbranle notre terre

Et ses propres autels.

i32 LE POÈTE.

Mais avant d'exprimer ses volontés futures ,

Il faut que notre bouche ait perdu ses souillures ;

Et , comme en Israël , Que par un feu divin nos lèvres épurées Se ferment à la terre , et s'ouvrent consacrées

Aux paroles du ciel.

Un ange , au fils d'Amos apporta cette flamme Qui brûle la matière , et montre aux yeux de Tame

L'avenir éclairci ; Et des temps annoncés signalant les miracles, Tout courbé sous son dieu qui le chargeait d'oracles,

Il lui dit : me voici.

Et tandis qu'il chantait , sur les ondes troublées S'arrêtaient de Tharsis les voiles ébranlées

A son cri souverain :

Le Liban s'agitait sur sa base mouvante :

LE POÈTE. i33

Et les rois s'ëtonnaient de leur grande épouvante Sur leurs trônes d'airain.

Bientôt, fortifiant de paroles puissantes *

Les genoux chancelants et les mains languissantes ,

Sa consolante voix Semait de toutes parts Tesperance féconde , Et dans les temps lointains faisait passer le monde

A l'ombre d'une croix.

Vous que Dieu , comme lui , choisit parmi la foule , Et qui rendez des sons comme un raisin qu'on foule

Rend un jus colore , Cythares du très-haut , vivantes et sublimes , Hommes de l'esprit saint , sur l'esprit des abymes

Tenez un pied sacre.

Soyez prêts à chanter si le Seigneur vous touche ; Qu'en sons harmonieux sorte de voire bouche

* Paroles d'Isaïe.

i34 LE POÈTE.

Un doux ravissement :

Chantez : des cieux ëmus les ombres redescendent : Et celles des enfers , lorsqu'elles vous entendent,

Respirent un moment.

Laissez aux moissonneurs les plaines opulentes. Vos moissons d'ici bas sont aux cimes brûlantes

Où s'asseoit le Carmel :

De là vous sèmerez sur la terre des hommes :

Et vos fruits gënëreux croîtront pour les royaumes

Qu'a choisis l'Étemel.

Mais avant d'y monter, que vos âmes soient prêtes : Ouvrez-les au grand jour : de leurs sombres retraites

Chassez vos passions ; Car l'arche du seigneur ne rend jamais d'oracles , Tant qu'elle voit debout, près des saints tabernacles. Les dieux des nations.

LE POÈTE. i35

J'accomplirai , grand Dieu , ton ordre légitime : Dans mon cœur palpitant j'immolerai le crime

A ton nom immortel :

£t toujours recueilli dans mes pensers austères , Je n'oublirai jamais que je parle à mes frères ,

Des marches de l'autel.

Pécheurs, rassemblez«vous comme un troupeau fidèle Avez-vous entendu la voix qui vous appelle ?

C'est celle du Seigneur.

Qui fait jaillir sur vous ma parole invincible ? Cest le livre des cieux , qu'une main invisible

Dëroule dans mon cœur.

Non , il ne suffit pas de ces voix C/adencées Que trop souvent marie à de vaines pensées Un luth mélodieux :

i56 LE POETE.

Il faut que tous les chants qui de Pâme s'échappent , Aillent, au même instant, du sein des airs qu'ils frappent, Retentir dans les cieux.

Eh ! queb chants, ici bas, seront doux à l'oreille Gomme ceux de l'oiseau que le matin rëveille

Sous les fleurs de Saron ?

Ou comme les soupirs des brises odorantes , Les longs bruits des palmiers et des eaux murmurantes

Que roule le Cédron ?

Lorsque , livrant aux vents ses voiles frémissantes Aux cris d'un peuple ému , sur les mers blanchissantes

Fuit un vaisseau de Tyr, On sait qu'il rentrera dans le port tutélaire , Chargé des vins de Crète , et du miel de Phalère,

Et des trésors d'Ophir.

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